Dans les ténèbres : la Terre plutôt que la Contrée

Dans les ténèbres : la Terre plutôt que la Contrée

Suite et fin de la série des Enfants de D’Hara. Décédé en septembre dernier à l’âge de 72 ans, Terry Goodkind clôture, avec ce 5e tome de près de 400 pages, une série composée jusqu’alors de novellas d’une bonne centaine de pages. Changement de rythme pour un sprint final.

L’histoire : Pour Richard et Vika, l’échec est interdit. S’ils ne reviennent pas des montagnes avec une herbe médicinale rare, Kahlan perdra les jumeaux avant de succomber à son tour. Alors, la victoire ultime des Carnassiers de la Haine sera assurée. Même en cas de succès, il reste la mystérieuse frontière qui semble pousser le Sourcier et ses compagnes vers une menace indéterminée. Mais pour servir quels noirs desseins ? Quelle araignée, au cœur de sa toile, guette le moment de fondre sur les Enfants de D’Hara ?

Mon avis : Cinquième, dernier et fort volume pour ce qui se composait jusqu’alors de récits au rythme plutôt feuilletonnesque (lire aussi les critiques des volumes un, deux, trois et quatre). Le 4e tome affichait déjà près de 200 pages au compteur, mais ce sprint final pointe à quasiment 400.

Il restait beaucoup à dire. Ce qui n’a pas empêché Terry Goodkind, l’auteur bien connu du cycle de L’Épée de Vérité, de faire un bond dans le temps autour de la page 218. Il nous épargne ainsi des jours, voire des semaines de voyage. C’est un poil brusque mais certainement pour le mieux. Surtout pour un auteur loin d’être un styliste. Si, comme moi, vous relisez (hiver oblige) Le Seigneur des Anneaux, la comparaison de ces deux écritures n’est pas favorable à Goodkind. D’autant que les liens sont évidents : Contrée du Milieu, poursuite de Kahlan enlevée (comme Pippin et Merry)…

Au-delà de Tolkien, force est de constater que Les Enfants de D’Hara vaut surtout par sa forme d’agréable divertissement, plutôt que pour une narration particulièrement solide, une profondeur d’exploration de ses motifs, ou le renouvellement d’un genre. Des phrases comme « Si près de la forteresse, périr dans une embuscade aurait été dommage » relèvent de la faute de goût autant que de l’indigence intellectuelle.

Terry Goodkind

Goodkind souffre d’un certain nombre de tics, dont le moindre n’est pas le recours abusif aux points de suspension. Régulièrement, des éléments surgissent qui semblent complètement incongrus dans une histoire de fantasy. « La super forme ! », répond ainsi une Mord-Sith au Seigneur Rahl qui lui demande comment elle se sent…

Le dénouement de l’arc consacré à la Déesse d’Or, notamment, est à la fois décalé et abrupt ; aussi bref que cela, il nous laisse sur notre faim. Comme si l’auteur n’avait pas eu le temps d’achever, ou du moins de peaufiner son récit. Ou qu’il avait désiré le boucler à tout prix, au risque d’emprunter des raccourcis improbables.

Comme pour les autres volumes, l’intérêt réside dans certains questionnements-clés. Richard fait ainsi face à un douloureux dilemme : partir tuer la Déesse d’Or en renonçant à (re)voir Kahlan et ses enfants, ou rester et laisser les Carnassiers exterminer toute l’humanité quasiment sous ses yeux, pendant qu’il demeure à l’abri de la forteresse avec Kahlan, ses enfants à naître, les Mord-Sith et celles et ceux qui se seront confinés avec lui (y voir une métaphore possible et involontaire de la pandémie n’est pas interdit). Un Carnassier dénommé Sang lui dit ainsi :

La déesse sait que ton don et le pouvoir de ta femme sont le ciment de la magie de ton monde. Si tes enfants vivent, ils reprendront le flambeau.
» Mais pendant que vous vous cacherez ici, elle frappera partout ailleurs, et bientôt, il n’y aura plus rien à défendre. Dans la forteresse, vous survivrez, mais si vous en sortez un jour, ce sera pour découvrir un monde désert et dévasté. Il n’y aura plus personne, m’entends-tu ? à part vous et ceux qui se seront confinés avec vous.
» Vous aurez préservé la magie, certes, mais pour quoi faire ? Enterrer ce qui restera de vos morts ? Régner sur un cimetière géant ? »

Pas désagréable, mais résolument mineur. Ce qui n’est pas forcément un défaut en soi, d’ailleurs. Et encore moins une insulte. Mais on reste loin du niveau d’autres sagas fantasy. Il faut simplement le savoir.

Dans les ténèbres – Les Enfants de D’Hara t. 5
Écrit par
Terry Goodkind
Traduit par Jean Claude Mallé
Édité par Bragelonne

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