Dossier Final Fantasy : Les Épisodes III et IV

Dossier Final Fantasy : Les Épisodes III et IV

Dans le monde des jeux vidéo, il y a des séries mythiques comme ça qui transcendent le temps et les générations de joueurs. Final Fantasy, de Square (aujourd’hui Square Enix), est l’une de ses séries. Véritable icône du RPG (ou J-RPG) et ambassadeur du savoir-faire nippon en matière de jeux, Square a marqué à tout jamais l’industrie gaming. A l’occasion de la sortie de Final Fantasy Type 0 HD et pour préparer l’arrivée de Noctis et son boys band (la démo Duscae vue par Florian ici), le Daily Mars vous présente son dossier spécial Final Fantasy. Amis lecteurs, préparez votre café et mettez en fond sonore la magnifique bande son de Nobuo Uematsu (retrouvez l’article du Herr Professor sur la musique de la série ici), le cours d’Histoire du Professeur est sur le point de commencer. Après avoir vu ensemble les deux épisodes fondateurs de la série (ici), nous allons voir à présent comment Square a définitivement pris son envol avec un Final Fantasy III complet et un Final Fantasy IV plus épique que jamais.

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Final Fantasy III: Yin et Yang

Poster FF IIILe 27 avril 1990 sort Final Fantasy III, dernier de la série sur la bonne vieille Famincon de Nintendo. Toujours avec Sakaguchi à la baguette, accompagné de Yoshitaka Amano au design et Nobuo Uematsu à la musique. Comme le veut la tradition de la série, Final Fantasy III n’a aucun rapport direct avec ses prédécesseurs et nous introduit donc dans un nouveau monde enchanteur. Considéré par beaucoup de joueurs comme le RPG ultime de la période Famincon, Final Fantasy III curieusement n’est pas sorti en dehors des terres du soleil levant avant 2006 et son remake 3D sur DS. A l’époque de la sortie du jeu, Square, qui essayait de maîtriser la nouvelle console 16-bits de Nintendo, n’avait pas assez d’employés pour faire une version occidentale avec une traduction en anglais. Malgré une tentative de remake sur la feu Wonderswan Color de Bandai, Square a dû faire face à de nombreuses difficultés de développements qui ont entraîné des retards, et pour finir une annulation pure et simple du titre avec la mort de la console portable.

Le gameplay de Final Fantasy III est aux petits oignons et est ce qui se faisait alors de mieux dans le genre du RPG. De façon intelligente, Square a su mixer des éléments des deux précédents titres tout en en apportant brillamment de nouveaux concepts. Les points d’expériences du premier Final Fantasy ont fait leur retour tout comme les charges magiques, qui sont cette fois beaucoup mieux gérées. Mais la vraie nouveauté de Final Fantasy III est son système de job. Déjà aperçu avant dans Dragon Warrior 3, Square a poussé le concept encore plus loin avec pas moins de 23 jobs différents. Déblocable au fur et à mesure de l’aventure ou grâce à des quêtes annexes, chaque job avec ses points faibles et points forts présente une habilité unique comme des invocations, le saut ou le vol (et bien d’autres encore).FF3_Wallpaper_Job_Change Ces commandes uniques dans Final Fantasy III sont une première pour la série. Tout comme nos personnages, les jobs peuvent être level up ou bien changés à tout moment avec des class points qu’on récupère durant les combats. Les personnages récurrents à la série font aussi leur retour comme Cid ou bien la princesse Sara. Les véhicules, au nombre de trois avec une caractéristique unique, sont aussi présents tout au long de votre quête. Autre nouveauté marquante, l’apparition pour la première fois de deux créatures emblématiques de la série : les mogs et les fat chocobos. Les mogs sont une race de petites créatures (une sorte de mélange entre chauve-souris, taupe et chat) intelligentes. Ils seront présents dans pratiquement toute la série et ses dérivés comme Kingdom Hearts, faisant d’eux un des symboles de Square. Les fat chocobos, bien connus des fans, sont comme leurs noms l’indiquent des chocobos qui ont un peu trop abusé de burgers, ils servent notamment de point de stockage pour les objets du joueur.

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Voici un petit aperçu de l’histoire : après un puissant tremblement de terre, de curieux événements arrivent dans le monde. Nos quatre héros (des enfants orphelins dans la version originale) sont attaqués par des monstres à la sortie du village et durant leur fuite tombent dans une grotte. Après une première exploration, le joueur fait la découverte d’une vaste salle abritant le cristal du vent. Un combat s’engage contre le premier boss du jeu, et après l’avoir vaincu, le cristal du vent nous confère le titre de Guerriers de Lumière (Warriors of Light, présents aussi dans le premier Final Fantasy). FFIII_Crystal_Room Le cristal du vent transmet ses pouvoirs aux quatre enfants guerriers et leur demande de partir en quête pour rétablir l’harmonie dans le monde. Assez cliché pour le moment. Le joueur s’en va donc à l’aventure pour essayer de bien mieux comprendre les tenants et les aboutissants de sa mission. Après un certain temps, nos personnages font la rencontre des Gulgans, des prophètes aveugles qui nous informent de la prophétie et des dangers que court le monde. Il y a des siècles, les anciens ont utilisé les cristaux de lumière pour construire une civilisation très avancée sur le plan technologique (est-ce que Stargate se serait inspiré de Final Fantasy ??). Mais en utilisant les cristaux, les anciens ont brisé le fragile équilibre des forces. La lumière qui était devenue trop importante menaçait l’harmonie du monde, et quatre Guerriers des Ténèbres (Warriors of Darkness) ont été choisis comme nos héros pour restaurer la balance. Cependant, en réussissant leur quête, les guerriers des ténèbres ont conduit la brillante civilisation des anciens à une fin brutale. Les Gulgans nous prédisent donc que l’histoire va se répéter une fois de plus, mais de façon contraire. Cette fois-ci, ce sont les quatre Guerriers de Lumière, autrement dit notre joyeuse petite bande, qui devront empêcher les ténèbres d’engloutir le monde.

Xande 2Le principal antagoniste de nos héros et champion des ténèbres est le puissant sorcier Xande. L’histoire de Xande est assez intéressante : le sorcier était un disciple du puissant Magus Noah. Avec les deux autres élèves du mage, ils se sont vu conférer trois dons. Les deux premiers ont reçu un pouvoir magique sans nul autre pareil tandis que Xande a reçu le plus important des cadeaux, le don de mortalité. Mais Xande, qui n’a pas compris l’honneur que lui faisait Noah, et par peur de mourir et de disparaître à tout jamais, prépare un plan pour s’emparer du pouvoir des cristaux. En faisant cela, il plongerait le monde dans les ténèbres et le temps en serait figé, l’empêchant par conséquent de mourir. Mais Xande est-il vraiment le cerveau maléfique qui se cache derrière tout ça ? Je ne vous en dirai pas plus, vous laissant découvrir par vous-même la suite.

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L’histoire de Final Fantasy III n’a pas le souffle épique du deuxième opus, ni le délire spatio-temporel du premier, mais reste quand même très agréable à suivre. Xande 3Malgré de nombreux clichés propres à l’Heroic Fantasy, Final Fantasy III revisite de façon intelligente l’opposition éternelle entre la lumière et les ténèbres. Sakaguchi a habilement transposé la symbolique du Yin et du Yang dans un univers purement fantastique. Les Guerriers des Ténèbres ont été les premiers à rétablir l’harmonie en se battant contre la lumière qui menaçait d’aveugler le monde, puis ce fut le tour des Guerriers de Lumière. Dans Final Fantasy III, il n’y a pas de bien ni de mal absolu. D’ailleurs, le concept même du bien et du mal en est absent. Il est remplacé ici par l’idée d’une fragile harmonie entre lumière et ténèbres, le monde ne pouvant pas survivre sans les deux. Le thème de la mortalité avec Xande est aussi intéressant. Il est courant, dans l’univers de la fantasy ou de la mythologie, d’avoir des êtres immortels qui sont en quête de mortalité, voyant leur don comme une malédiction les condamnant à errer à tout jamais en voyant leurs proches mourir. Avec Xande c’est l’inverse : la peur de mourir et de disparaître à tout jamais le pousse à agir de façon extrême, s’alliant même aux ténèbres pour mettre fin à l’harmonie du monde. Certains pourront parler d’instinct de survie, d’autres de la corruption qu’engendre un trop grand pouvoir. Dans les deux cas, j’ai apprécié le personnage torturé par sa peur de mourir qu’est Xande.

Final Fantasy III était donc le seul de la série à ne pas avoir vu le jour dans nos contrées verdoyantes jusqu’en 2006 et son premier remake en 3D sur Nintendo DS. La remasterisation est excellente à plus d’un titre, démontrant un vrai effort de la part de Square. Sous la houlette de Tanaka, Final Fantasy III sur DS n’a pas seulement connu une refonte graphique et sonore. Le scénario a été approfondi en donnant à chacun des quatre héros un nom, une personnalité et un background qui renforcent le côté narratif. Le jeu est depuis disponible également sur Ios, Android, PSP et même PC ! Pas d’excuses donc !

 

Final Fantasy IV: Les Chevaliers de la Table Ronde

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Après le succès de Final Fantasy III, Square décide dans un premier temps de développer deux titres en même temps, l’un pour Famincon et l’autre pour la nouvelle console de Nintendo, la Super Famincon. Mais la petite taille du studio eut raison de ce plan, et tous les efforts ont été concentrés sur la nouvelle console avec Final Fantasy IV. Hiro Sakaguchi s’est entouré une fois de plus d’une équipe talentueuse : Takashi Tokita, connu par les fans de RPG pour le mythique Chrono Trigger, est à l’écriture, tandis que Hiroyuki Ito se charge du système de combat. Yoshitaka Amano et Nobuo Uematsu viennent s’ajouter aux grands noms autour du projet. Final Fantasy IV sort finalement le 19 juillet 1991. Nouvelle génération de console oblige, le jeu est attendu au tournant par les fans japonais qui placent beaucoup d’espoirs dans ce nouveau titre.

Le passage à la console 16-bits de Nintendo a libéré l’imagination des développeurs. Graphiquement, le jeu a connu un bond en avant, aidé par les capacités de la nouvelle console.FF4-DS-Art-Poster Contrairement à Final Fantasy III, ce nouvel opus ne présente pas un système de jobs exhaustif mais présente des classes figées pour chacun des personnages. Pourquoi ce choix curieux me direz-vous ? Pour améliorer la narration. Et croyez-moi, ça marche ! Chaque héros, en fonction de son histoire, possède des forces et des faiblesses spécifiques, ainsi que des habilités spéciales propres à sa classe. Pour la première fois dans la série, le joueur contrôle cinq personnages et non quatre. Les points d’expérience sont toujours de la partie. Pour la magie par contre, il y a du changement. Contrairement aux précédents jeux où on pouvait acheter des sorts, dans Final Fantasy IV les sorts sont débloqués au fur et à mesure de l’histoire, renforçant encore plus le côté narratif. Mais la grosse nouveauté du jeu est son système de combat flambant neuf, pensé par Hiroyuki Ito après avoir regardé une course de formule 1 : l’ATB (Active Time Battle). Avec l’ATB, Final Fantasy IV apporte une dimension beaucoup plus tactique aux combats et renouvelle brillamment le genre. Ce quatrième opus est d’ailleurs tout sauf facile, et les combats vont vous donner du fil à retordre (foutues contre-attaques !!).

Basic CMYKS’il y a une raison pour laquelle Final Fantasy IV a une telle place dans le cœur des fans, c’est bien pour son histoire exceptionnelle et ses personnages charismatiques. Nous y suivons les aventures de Cecil Harvey, chevalier noir du Royaume de Baron et capitaine des Ailes Rouges. Au début de l’histoire, le Royaume de Baron commence une série d’attaques sanglantes contre les autres pays. Sous les ordres du Roi, Cecil et les Ailes Rouges (la flotte royale d’aéronefs) attaquent la ville magique de Mysidia (présente aussi dans Final Fantasy II, nous y reviendrons plus tard) dans le but de s’emparer du cristal de l’eau. Durant la mission, beaucoup d’innocents meurent et Cecil, tourmenté par ses actions, ne comprend pas les ordres du Roi. Roi BaronLe chevalier noir finit par lui demander quelles sont les raisons pour un tel massacre, mais, au lieu d’avoir des explications, Cecil est déchu de son titre d’officier, tout comme Kaïn Highwind, le capitaine des chevaliers dragons qui a pris sa défense. Cecil et Kaïn sont des amis d’enfance et ont été tous deux élevés par le Roi. Un lien particulier, entre loyauté, jalousie et rivalité unit ces deux guerriers. Pour se racheter aux yeux de leur mentor, ils sont envoyés tous les deux en mission à Mist pour y délivrer un paquet spécial. Mist est une ville de redoutés invocateurs d’éons, puissantes créatures dont le Royaume de Baron a peur. Pour y parvenir, ils doivent passer par une caverne et tuer le gardien de la ville, un dragon éon. Après un combat acharné, nos deux compagnons viennent à bout de la bête et entrent dans la ville.

A ce moment, le paquet s’active de lui-même et se révèle être une bombe incendiaire. Mist est mis à feu et à sang tuant la plupart des invocateurs. mistEn tentant de fuir les flammes, Cecil et Kaïn tombent sur une petite fille aux cheveux émeraude, Rydia, qui pleure au-dessus du corps sans vie de sa mère. Cecil essaye d’aider la jeune fille mais il est sauvagement repoussé par celle-ci qui le tient pour responsable de la mort de sa mère. L’éon, protecteur de la ville, était lié à la mère de l’enfant et en mourant face aux assauts de nos deux héros, il a partagé son funeste sort avec son invocatrice. Kaïn suggère à Cecil de tuer la petite fille, puisque ce sont les désirs du roi de venir à bout des invocateurs. Sous le choc d’autant de perfidie et trahison de la part du Roi, le chevalier noir persuade son ami de sauver la jeune fille et se dresser contre le Royaume. C’est le début de la rébellion, une révolte au nom de la justice qui nous entraînera dans les quatre coins de la Planète Bleue, dans ses souterrains peuplés de nains et même sur la Lune. Oui oui, vous avez bien lu, sur la Lune ! Final Fantasy IV ne s’est pas contenté d’avoir une histoire fantastique de grande qualité, le jeu l’a mélangé de façon inattendue et intelligente (selon moi, les avis divergent beaucoup sur ce point) avec de la science-fiction. Encore une fois, je ne vous en dirai pas plus, et vous invite vraiment à essayer ce monument du RPG rien que pour son histoire.

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Les thèmes abordés dans Final Fantasy IV se rapprochent plus de Final Fantasy II que des autres opus. Tout d’abord, nous avons la question de la loyauté et de la morale dont Cecil est le symbole. Sans cesse tiraillé entre sa loyauté envers son Roi et son sens aigu de la justice, le chevalier noir nous pose une difficile question dont les soldats sont familiers : comment peut-on être loyal envers son pays quand on nous demande de faire quelque chose d’amoral ? Est-ce que la fin justifie vraiment les moyens ? Par ses actes et choix, Cecil choisit lui la voie de la justice et de la rédemption, passant de manière symbolique de chevalier noir à paladin.Cecil Paladin Néanmoins c’est un choix tout sauf facile de se battre contre son propre pays, contre ses anciens camarades, et c’est quelque chose de très ardu psychologiquement, qui demande une volonté de fer, même si on possède un code moral à toute épreuve.

Le deuxième thème, dont les amateurs de mangas sont également familiers, est le trio amoureux Cecil, Kaïn et Rosa. Les deux guerriers sont des amis d’enfance mais aussi des rivaux. Kaïn, malgré son amitié, est rongé par la jalousie et la colère face à l’amour que porte Rosa à Cecil. A un certain moment (enfin plusieurs même) de l’aventure, Kaïn passe du côté obscur de la force en se faisant contrôler. Mais il est intéressant de se demander si Kaïn était vraiment contrôlé par Golbez (un des antagonistes du jeu), ou bien si la jalousie l’a conduit à se battre contre son meilleur ami. Cela m’a fortement rappelé les légendes des Chevaliers de la Table Ronde notamment l’histoire d’amour compliqué avec le Roi Arthur, Lancelot du Lac et la Reine Guenièvre. Le trio de Kingdom Hearts avec Sora, Riku et Kaïri, un autre jeu de Square Enix, s’est visiblement très inspiré de cet opus. Les autres thèmes abordés par Final Fantasy IV sont nombreux, comme la quête de son identité avec Cecil et son passé, ou bien la coexistence entre les peuples avec les Sélénites, curieux peuple vivant sur la Lune. final_fantasy_iv___zeromus__lunarian_menace__by_soulstryder210-d803yhdLe jeu est trop riche, pour être résumé en quelques phrases, avec toute sa profondeur et sa richesse scénaristique.

Un autre point intéressant du jeu, qui divise les fans hardcore de la série, est le lien qui unit Final Fantasy II et Final Fantasy IV. Plusieurs indices laissent entendre que les deux jeux se dérouleraient dans le même monde. Des preuves ? En voilà : Kaïn Highwind est un chevalier dragon, et répète à plusieurs reprises (dans la version DS) que son père en était un lui aussi et est mort en combattant un empire maléfique. Et si je vous disais que l’autre nom de Gareth, le chevalier dragon de Final Fantasy II, était Ricard Highwind et que Kaïn n’est autre que le dernier survivant qu’on aperçoit avec sa mère dans notre quête à Deist ? Mais ce n’est pas tout ! L’épée de Cecil, Deathbringer, est la même que celle de Léon Léonheart, qui était lui aussi un chevalier noir dans Final Fantasy II ! Dernière preuve et non des moindres : la ville de magiciens de Mysidia est présente dans les deux titres.

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Pour conclure, Square a su lancer, de la plus belle des manières, sa série sur la nouvelle génération de console 16-bits. Final Fantasy IV est encore aujourd’hui l’un des meilleurs opus de la série. Son histoire épique et ses personnages charismatiques, sa bande son de toute beauté et un gameplay renouvelé font de Final Fantasy IV un monument du genre. Disponible sur DS, PSP, Ios, Android et PC, la rébellion vous attend !

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