Edito : Trompe-la-mort

Edito : Trompe-la-mort

Zombie-Female-Torso-760-300x150Les séries ne meurent plus. Ou comme les super-héros dans les comics, jamais pour très longtemps. Au point d’imaginer une prochaine grille de programmes comme une réunion d’anciens combattants ou un défilé de zombies. Entre vieilles gloires passées et séries mortes, investies par quelques sortilèges qui les font sortir de leur tombe. La procession dessine un mal vague et inquiétant : l’attitude cannibale, qui consiste à se nourrir de sa propre chair, semble annoncer une panne créative. Remake, reboot, suite vingt ans après, il n’y a plus de limite à la date de péremption. Et la mort n’existe plus au profit d’une suspension. On n’enterre plus les séries, on les cryogénise.

Alors que l’on sort de la période des upfronts, où les grandes chaînes annoncent leurs commandes, leurs annulations, se distingue une nouvelle tendance : la récupération. Une série annulée peut trouver nouveau refuge chez le voisin. Une situation point nouvelle, Buffy a déménagé, Friday Night Lights a également vécu une résurrection soudaine. Dans le monde du jeu vidéo, on appelle cela le respawn. La multiplication des foyers de diffusion, des chaînes aux plateformes de SVOD a démocratisé la pratique. Et il faut désormais attendre des semaines supplémentaires avant de faire son deuil (Longmire, autre exemple de série Lazare, s’est vue offrir une solution miraculeuse sur Netflix). Pour le spectateur, c’est vivre des moments d’angoisse. L’ascenseur émotionnel où la moindre annonce devient source d’allégresse ou d’affliction. Pour la production, c’est l’attente fébrile plein d’espoir devant une situation impossible. L’annulation définitive comme une double peine, devient plus cruelle. Synonyme d’un refus global. D’un échec complet.

twinpeaks_3063083bOn savait que l’existence d’une série était une suite de virages. Un parcours sinueux dans lequel elle s’élève ou s’abîme. La destination finale se trouvait à une intersection : l’euthanasie ou la mort naturelle. Il faut croire qu’un avatar de Robert Johnson s’est désormais invité au voyage, délivrant quelques pactes faustiens dans l’idée d’offrir une seconde jeunesse ou une palingénésie à des séries plus ou moins anciennes. Et dont l’état ne laissait, a priori, plus aucun doute. Ainsi, de The X-Files à Twin Peaks en passant par Heroes (et peut-être Prison Break), les annonces témoignent une affection particulière pour les renaissances au point d’offrir un horizon menaçant.

Les séries ne meurent plus. Elles déménagent ou trouvent une nouvelle jeunesse. Et peu, peuvent prétendre à l’assomption, désormais. Dans La Famille Adams, réveiller les morts est un jeu. Dans Buffy, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Dans Superman (de Richard Donner), on inverse la rotation terrestre dans le but de remonter le temps. Et corriger ses erreurs. Si certaines résurrections bénéficient d’attentes plus enthousiastes, on ne peut s’empêcher de trouver l’attitude morbide, nourrie par une forme de culpabilité. Et un aveu d’impuissance. Le Dr Frankenstein comme Herbert West ont voulu déjouer la mort et créer la vie à partir de cadavres. Leur déroute fut tragique. Quel destin pour les séries ?

Partager