En attendant…Avengers : Age of Ultron – Retour sur la phase 2

En attendant…Avengers : Age of Ultron – Retour sur la phase 2

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Sept ans déjà. Il paraît que c’est une date importante dans la vie d’un couple. C’est l’âge de la remise en question, de la confirmation, de la continuation. Sept ans déjà qu’Iron Man est sorti sur tous les écrans de cinéma du monde et on peut dire que tout ne va pas trop mal pour Marvel.

 

2013. Quand s’ouvre la phase 2 avec Iron Man 3 en 2013, Marvel Studios est dans une position bien différente qu’a la veille de la sortie du premier opus des aventures de Tony Stark et de son alter-ego rouge et or. Cinq ans auparavant l’éditeur avait quelques casseroles du nom de Daredevil, Ghost Rider ou Fantastic Four derrière lui et malgré les succès critiques et artistiques des adaptations d’une partie des héros de son catalogue (Spider-man, les X-men, Hulk) il s’agissait de films extérieurs à l’éditeur qui n’en avait pas le contrôle. Surtout son concurrent direct, DC Comics via le studio Warner, avait une assise bien plus forte au cinéma depuis très longtemps avec les personnages de Superman (le film de Richard Donner restant aujourd’hui comme le modèle de tout film racontant les origines d’un personnage) mais surtout celui de Batman qui revint en force avec Batman Begins.

 

Iron_Man_3_theatrical_posterOn ne va pas vous refaire la récapitulation de ces premières années, contentons-nous juste de dire que le succès de The Avengers fut la réussite finale des plans de la Maison des Idées pour le cinéma. Et si la Warner confortera sa position avec le carton monumental de The Dark Knight, Marvel Studios à quant à lui réussi à créer un univers partagé et une continuité au sein d’une franchise cinématographique centrée sur plusieurs personnages. D’outsider, le studio devient leader et c’est lui désormais qui donne le « la ». On pourrait alors croire que celui-ci va se reposer sur ses laurier, il n’en est rien. Au-delà des critiques justifiés que les films de la phase 2 peuvent recevoir, la vision d’ensemble fait apparaître la volonté de passer à la vitesse supérieur pour l’éditeur.

 

Malgré les spécificités des héros et de leurs histoires, force est de reconnaître que les films Iron Man, Thor et Hulk utilisaient le même moule et optaient pour une approche qui, sans être réaliste, cherchait à ne pas faire sortir le grand public d’une certaine zone de confort. L’univers d’Iron Man se présentait bien pour cette approche et le film mit autant d’accord les néophytes que les puristes et si le résultat fut correct pour Hulk, Thor fut le grand perdant de l’histoire avec une épopée au rabais. A contrario, avec une aventure se déroulant durant la Seconde Guerre Mondiale, le film Captain America dénotait du reste. Mais peut-être que cette différence permettait justement de mieux faire accepter un personnage anachronique et difficilement acceptable en dehors des USA.

 

A la vision des films de la phase 2, il apparaît clairement que Marvel assume son univers. Maintenant que ses personnages sont acceptés par le grand public, il est temps de le faire plonger à fond dans ce qui fait leurs forces. Si Iron Man ne subit pas de changement dans le film de Shane Black, Thor quand à lui retrouve ses lettres de noblesses. Avec Le Monde des Ténèbres on plonge véritablement en Asgard et dans les autres royaume tandis qu’on hésite pas à faire cohabiter technologies futuristes et heroïc—fantasy. Toutes proportions gardées on est clairement dans la révision du mythe nordique tel que le roi Jack Kirby le dessiné. De la même manière, maintenant qu’il est « accepté », Marvel peut envoyer Cap tabasser du facho à notre époque en adaptant un de ses derniers succès BD (le run d’Ed Brubaker ayant moins de dix ans) là où les autres films piochent ici et là les ingrédients pour leurs histoires.

 

cap_640Enfin comme ultime confirmation d’un patrimoine assumé dans ses spécificités et ses différentes imageries, Les Gardiens de la Galaxie déboulent sans que pas grand monde l’attende et casse la baraque à coup de bande-son enthousiasmante et d’une équipe parfaitement construite. S’il ne faut pas nier le travail de marketing effectué en amont de la sortie du film pour en faire un succès il reste que le choix d’adapter un comics apprécié mais au succès modeste se déroulant totalement dans l’espace n’était pas des plus évidents. Mais Marvel Studios sait aussi qu’il est arrivé à un stade où son nom fait office de gage de qualité. De la même manière qu’on va voir le dernier Disney ou le dernier Pixar, on va voir désormais le dernier film Marvel.

 

C’est un magnifique tableau idyllique que je vous dresse ici. Malheureusement tout n’est pas parfait loin de là. Si la volonté est là et si Marvel assume totalement son univers dans ce qu’il a de plus fou l’exécution pêche encore. Si on ne peut que se réjouir de voir Thor se battre contre une armée d’Elfes noirs à bord d’un simili landspeeder, il faut reconnaître qu’Alan Taylor n’est pas un réalisateur encore capable de sublimer la majesté et la puissance du Dieu du Tonnerre. De la même manière et malgré le fait qu’ils n’agissent des meilleurs films produits par le studio depuis le début, Captain America : Le soldat de l’hiver et Les Gardiens de la Galaxie se trouvent obligés de reprendre encore une fois les mêmes recettes de destructions et batailles dans la ville pour leurs finals. Bien que le lien entre la ville et le super-héros soit quasi-charnel, on ne peut s’empêcher d’y voir surtout l’application sans recul d’une recette initiée par celui qui a défini l’action dans le ciné ricain, pour le pire et le meilleur, au XXIème : Michael Bay.

 

4000113-guardians-of-the-galaxy-behind-the-scenesAlors que la phase 3 va bientôt s’enclencher, on espère que Marvel va encore une fois passer à la vitesse supérieur. Avec une production dorénavant bien rodée, il est temps de plus faire confiance à ses réalisateur dans leurs envies de proposer autre chose tout en restant cohérent avec le cadre et l’ensemble de l’univers. Si Iron Man 3 est l’occasion manquée, Captain America : Le soldat de l’hiver et Les gardiens de la Galaxie prouvent que cette démarche fonctionne. N’hésitons pas à le dire face à ceux qui taxent les films Marvel de produits standards sans âmes, Joss Whedon, James Gunn et les frangins Russo sont bien des auteurs. C’est parce qu’il est un film de Joss Whedon, avec ses défauts habituels, qu’Avengers est autant critiqué et non parce qu’il est un objet anonyme d’un studio sans âme. Alors que l’univers Marvel étend son emprise au cinéma et à la télévision, on peut vite être tenté de faire un parallèle entre le système de production du studio et celui de la fiction TV notamment dans sa manière de placer le réalisateur comme maillon de la chaîne et non comme centre névralgique de l’œuvre. Ça serait toutefois oublier l’ADN même de Marvel et des autres éditeurs de comics. Il n’est pas rare de constater que les comics mainstream de qualité sont tout autant l’œuvre de bon scénaristes et dessinateur et d’un editor compétent dans sa gestion de plusieurs titres et des artistes. On espère aujourd’hui que les réalisateur pourront d’avantage s’exprimer dans un processus qui conservera sa force de frappe en matière de construction d’univers inter-médias. Malheureusement le cas Ant-man et le départ de d’Edgard Wright n’est pas fait pour rassurer. Si le studio n’est pas capable de s’entendre avec un réalisateur talentueux, confirmé et désireux d’appliquer sa patte, il risque à plus ou moins long-terme de se priver de sa capacité de renouvellement.

 

Certes le réservoir est là, dans les pages de fascicules qui sortent tous les mois et rien que la nouvelle composition des Avengers d’ici quelques mois permet au studio d’avoir des nouveaux personnages prêts à l’emploi afin de remplacer des acteurs qui ne feront pas cela toutes leurs vies. Mais l’histoire a montrée que c’est par l’audace d’auteurs que certains comics (et par extension l’ensemble de la production) ont su se renouveler en profondeur et perdurer pour de nombreuses années. C’est parce que Marvel a fait confiance au jeune Frank Miller que Daredevil est devenue la série qu’elle est encore aujourd’hui. En attendant Avengers : Age of Ultron on prendra toujours son pieds devant le combat de Cap contre un avion de combat ou devant Star-Lord et ses tentatives pour éviter que ses coéquipiers s’entretuent, mais on espère aussi une chose pour la suite. Qu’ils lâchent la bride et qu’ils fassent encore plus confiance à leurs réalisateurs après avoir fait confiance à leur univers.

 

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