Festival international de la BD d’Angoulème 2015 : Le palmarès

Festival international de la BD d’Angoulème 2015 : Le palmarès

L'arabe du futur

L’arabe du futur

Entre les événements tragiques du 7 janvier 2015 et les premiers état généraux de la BD destinés à mettre en lumière la précarité des auteurs et les problèmes rencontrés par le secteur, ce 42ème festival international de la bande dessinée avait un goût un peu particulier. Cela n’a pas empêché le celui-ci de se dérouler comme d’habitude avec son lot d’auteurs, de dédicaces, d’exposition, de tables rondes et bien sur de bd, de bd et encore de bd. Et alors que le week-end se termine et qu’on est tous ravie de repartir bosser (non?) voici que déboulent les différents prix du festival. Voyons un peu cela dans le détail :

 

 

 

Rédaction du Daily Mars – 18h30

« Qqun pour une news sur les prix du festival d’Angoulême? »
« je peux pas, je suis pas chez moi et pas dispo »
« moi aussi »
« je suis chez mon arrière grand-mère grabataire impossible »
« je monte un meuble Ikea »
« je m’occupe de mon gosse »
« rien à foutre les bd c’est nuls !»

« Jérôme ?! »
« Bennn heu moi je suis en train de jou………faire mes comptes ! C’est ça je fais mes comptes »
« Tu es désigné volontaire pour faire la news ! »
« mais je fais mes comptes et là j’arrive à un niveau super baleze »
« Tu fais la news »
« mais je…. »
« la news ! »
« …….ok »

 

C’est dans ces moments là que me revienne en tête les paroles pleines de sagesses des philosophes Matt Stone et Trey Parker dans l’évangile Team America :

« The hours approaching, just give it your best
You’ve got to reach your prime.
That’s when you need to put yourself to the test,
And show us a passage of time,
We’re gonna need a montage
Oh it takes a montage »

 

Retroussons nous donc les manches et regardons un peu ce palmarès. Petit aparté pour commencer si on en juge rapidement par la couverture médiatique de ces quelques jours on pourrait la résumer ainsi : Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Katsuhiro Otomo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Otomo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Bill Waterson, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Otomo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Jack Kirby , Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo, marche des auteurs, problèmes de la profession tss s’il vous plaît on parle bd là, Charlie Hebdo, Charlie Hebdo,Charlie Hebdo, Chalie Heb………enfin vous avez pigé le truc. La couverture médiatique du festival n’est pas plus forte que d’ordinaire mais celle-ci se focalise sur un sujet qui, s’il est important, fait facilement oublier des problématiques tout aussi grave sur le long terme. Nul besoin de balles pour faire taire les auteurs, juste un système qui les condamne à la pauvreté pour la plupart d’entre eux.

 

Les récompenses c’est bien jolie, cela fait plaisir mais la vrai reconnaissance passe par l’achat de bd et la mise en place d’un système qui permet à ces auteurs/travailleurs d’en vivre décemment. Ce petit coup de gueule passé voyons donc les différentes récompenses.

 

 

Commençons déjà par les prix Découverte 2015. Ha c’est sur c’est pas Katsuhiro Otomo ni Riad Sattouf et pas grand monde s’en fera l’écho mais il s’agit quand même de récompenses qui, peut-être, mettront le pied à l’étrier à des futurs grands. La bd n’étant pas que composée de stars on tenait à les citer aussi :

 

  • Prix Jeunes Talents : Camille Debray, Chloé Franscici et Anna Griot
  • Prix Challenge Digital : Oscar Langevin, Aude Wiard et Exaheva
  • Prix Révélation Blog : Mlle Karensac
  • Prix Jeunes Talents Poitou-Charentes : Quentin Jeulin
  • Prix Concours « A l’école de la BD » : Margaut Shorjian, Louis Fourel, Catherine Manesse, Fanny Ehl, Thomas Ouedraogo

 

Vous retrouverez plus de détail sur le site du festival ainsi que les prix décernés par les collèges et lycées de Poitou-Charentes.

 

 

Se décomposant en neuf prix, voici le palmarès officiel du festival :

 

 

DERIVEURBAINE6

Prix de la BD Alternative

Dérive Urbaine n°6

« Le nouveau numéro de notre revue Dérive Urbaine sortira en février 2015. Il poursuit l’exploration de la ville imaginaire de Capitalia commencée dans le précédent numéro. Cette fois les différentes BD entrecroisent les destins de six personnages dont les fiches anthropométriques et biographiques sont reproduites entre les récits. Lucie Castel, Boris Hurtel, Gautier Ducatez, Sylvain de la Porte, Alexandre De Moté, Yoann Constantin, Nylso et Marie-Saur, Lisa Lugrin, Guillaume Soulatges, Loïc Verdier, Eric Nosal et Gabriel Dumoulin ont enquêté en bandes dessinées sur ces citoyens au-dessus de tout soupçon. Les auteurs ont adapté leurs imaginaires à la contrainte proposée avec humour et inventivité créant au final une mini-comédie humaine paranoïaque dans un monde où la vie privée n’existerait plus… »

 

 

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Fauve Polar

Petites Coupures à Shioguni de Florent Chavouet

« Kenji avait emprunté de l’argent à des gens qui n’étaient pas une banque pour ouvrir un restaurant qui n’avait pas de clients. Forcément quand les prêteurs sont revenus, c’était pas pour goûter les plats. »

 

 

 

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Prix du Patrimoine

San Mao, le petit vagabond de Zhang Leping

« San Mao, le vagabond, c’est le petit frère du Kid de Chaplin, le cousin de Rémi sans famille et pour tous les Chinois un héros national. Avec ses trois poils sur le caillou, son gilet de paille, sa silhouette gracile, il déambule dans un Shanghai des années 30 devenu le Paris de l’Orient entre concessions étrangères et cabarets luxueux, vitrine qui cache mal la misère et les victimes des luttes incessantes avec les Japonais. »

 

 

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Prix Jeunesse

Les Royaumes du Nord – Tome 1 de Clément Oubrerie et Stéphane Melchior-Durand d’après l’oeuvre de Philip Pullman

« Élevée par les vieilles barbes du Jordan College à Oxford, la jeune Lyra ne pense qu à faire les quatre cents coups avec son ami Roger, le garçon des cuisines, et rêve secrètement de suivre son oncle, le ténébreux Lord Asriel, vers les royaumes du Nord. L aventure la rattrape plus tôt que prévu, alors que Roger disparaît, probablement enlevé par les mystérieux Enfourneurs. »

 

 

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Prix Révélation

Yékini le roi des arènes de Clément Xavier et Lisa Lugrin

« Au Sénégal, la lutte est encore plus populaire que le football. Ce livre raconte l’histoire de trois lutteurs de génie qui se partagent le titre de « roi des arènes ». Originaire d’une petite île où la lutte puise ses racines, Yékini résiste au système médiatique, politique et financier. Mais pour combien de temps ? »

 

 

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Prix de la série

Last Man de Bastien Vivès, Mickaël Salanville et Balak

« Le jeune Adrian Velba est heureux. Après avoir travaillé dur toute l’année dans l’école de combat de Maître Jansen, il va enfin pouvoir participer, pour la première fois de sa vie, au grand tournoi annuel parrainé par le roi Virgil et la reine Efira. Même son partenaire – le chétif Vlad, un piètre combattant- ne parvient pas à limiter son enthousiasme. Hélas, à quelques heures de la clôture des candidatures, Vlad déclare forfait, malade. Le coup est terrible pour Adrian, car il faut être deux pour s’inscrire au tournoi. Échec sans appel ? Non, car in extremis surgit un grand gaillard que personne n’a jamais vu en ville, Richard Aldana… »

 

 

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Prix spécial du jury

Building Stories de Chris Ware

« A travers 14 livres/objets dans un coffret, suivez la vie et les questionnements existentiels d’une jeune trentenaire cherchant l’âme soeur, d’un vieux couple qui ne peut plus se supporter, et d’une vieille demoiselle propriétaire de cet immeuble de Chicago dans lequel tout ce petit monde habite. Sans début ni fin, Building Stories est un ouvrage à l’ambition artistique et émotionnelle inédite qui pose l’éternelle question : est-il préférable de vivre seul ou à deux ? »

 

 

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Prix du Public

Les vieux fourneaux – Tome 1 : Ceux qui restent de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

« Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d’enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un oeil tourné vers un passé qui fout le camp, l’autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le coeur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu’il n’y a pas d’âge pour commettre un crime passionnel. »

 

 

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Prix du meilleur album

L’arabe du futur de Riad Sattouf

« Né en 1978 d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile. En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n’a qu’une idée en tête : que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur. »

 

 

 

 

Ce palmarès 2015 bien qu’assez classique ne propose pas moins des oeuvres de qualités et d’une diversité appréciable. La formidable histoire de Riad Sattouf mérite amplement son prix, Building Stories est un ouvrage fascinant et que dire de Last Man véritable pépite à la croisée des mondes et des genres prouvant la vitalité et la capacité de nos auteurs à digérer les influences des autres productions. Alors c’est sur que compte tenu de notre petit penchant pour les bd venant du pays d’Elvis, Tony et Snake Plissken on regrette que des bandes dessinées comme Gotham Central, Locke & Key ou Pogo n’ont reçues aucun prix. Un regret d’autant plus fort qu’une oeuvre comme Pogo de Walt Kelly, compte tenu du contexte, aurait d’avantage être du mise en valeur. On peut y voir encore là, hélas, l’immobilisme assez flagrant du festival.

 

 

9782723412162-G

En attendant moi je garde ma magnifique édition colorisée par Steve Oliff

 

 

 

Ainsi malgré la promptitude à mettre en place un prix Charlie Hebdo destiné à « témoigner du dessin comme une éducation à l’image et apprendre à décrypter les images d’une façon universelle » on ne peut s’empêcher de rire jaune (sans mauvais de mot) devant l’attribution du Grand Prix du festival à Katsuhiro Otomo. Comme le souligné le communiqué de presse, l’auteur du chef d’oeuvre Akira (que ce soit le manga ou le film d’animation) est le premier auteur japonais à se voir « accorder cet honneur ». Si d’aucun souligne le caractère historique de cette attribution, il n’en reste pas moins que celle-ci arrive avec vingt ans de retard et que l’éditeur français d’Akira, Glénat, ne propose toujours pas, hélas, une édition de l’oeuvre dans le sens de lecture original. Mais essayons de boire le verre à moitié plein (et sert le petit frère tant que tu y es Marco!), mieux vaut tard que jamais et espérons que d’autres auteurs japonais ou d’autres pays souvent oubliés seront eux aussi récompensés à leur juste valeur. Une nouvelle édition s’est clôturée, à dans un an et en attendant on a plein de bd à lire.

C’est qu’on a une réputation à tenir hein. Cinq bd que nous avions chroniqué l’année dernière dans les sélections. On va battre ce record !

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