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« jPod » : y a-t-il un programmeur (sain d’esprit) dans les jeux vidéo ?

« jPod » : y a-t-il un programmeur (sain d’esprit) dans les jeux vidéo ?

Note de l'auteur

221059L’histoire : Ethan est programmeur jeux vidéo dans une boîte surnommée jPod. Un rêve de gosse devenu réalité ? Pas du tout! Le voila qui doit survivre à un service marketing incapable et qui propose les pires horreurs scénaristiques, une mère dealeuse, un père pseudo-acteur et des collègues de travail aussi inadaptés socialement que lui. Entre John Doe, élevé dans une communauté lesbienne, Kam Jong l’esclavagiste chinois, Mark le Maléfique ou Ronald McDonald, vous voilà parti dans un bien drôle d’univers.

Mon avis : Douglas Coupland propose un vrai roman d’atmosphère, de personnages complètement à côté de la plaque. Si certaines pages proposent du code, des alignements de chiffres ou des borborygmes vaudous, pas la peine d’être un pro de l’ordinateur pour se laisser emporter par le récit. L’auteur en profite juste pour quelques exercices de style avec les règles typographiques, de s’amuser avec de nouvelles mises en pages.

L’histoire est racontée à la première personne, principalement du point de vue d’Ethan. Mais certains passages du livre laissent par ailleurs la place aux autres membres de jPod, via des jeux, des concours, présentant ainsi toute une galerie de personnages assez incroyables, relativement stéréotypés certes, mais attendrissant dans leur manière de se débattre contre les « normaux », bref, le service marketing. Ce n’est pas un plaidoyer pour les geeks, juste un roman d’un quotidien de gens un peu étranges. Il n’y a en effet pas vraiment de trame, d’histoire, mais plus une succession de mésaventures. Ethan cherche juste à faire son travail, à profiter de sa journée, travailler un peu, regarder des vidéos gores, trouver son style vestimentaire et s’acheter des chaussures. Pourquoi personne ne veut le laisser tranquille ?

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jPod, la série. CBC télévision.

On peut regretter un brin le cabotinage de l’auteur, qui se plait à se mettre par petites touches dans le récit. Une mise en abîme assumée, mais pas forcément bienvenue, d’autant plus que son arrivée provoque le deus ex-machina salvateur (et raconte une genèse fictive du livre). Sinon, un ouvrage truculent et très simple d’accès. L’humour canadien, en somme ?

Si vous aimez : les ambiances de bureau à la Ally McBeal (avec des jeux vidéo et des références pop).

Autour du livre : jPod a été adapté en série télévisée par CBC télévision, série qui fut annulée en cours de route.

Extrait : « À midi, je suis remonté et j’étais assis à mon bureau quand tout à coup j’ai senti quelque chose.

– L’Infection ! ai-je hurlé.

La tête de John Doe a surgi.

-T’as raison, a-t-il dit, c’est l’Infection !

Ma voix était assez forte pour s’échapper de la lointaine caverne de jPod et atteindre les box de l’open-space principal.

– L’Infection ! L’Infection !

À ce signal, des têtes et des corps sont apparus comme dans une comédie de Broadway : L’Infection? L’Infection !

Une minute plus tard, la foule se dirigeait droit sur Mike, un codeur qui d’un air sombre avait sorti d’un tiroir sous son disque dur le cadavre en forme de croissant d’un Royal Cheese en partie mangé et un paquet en vrac de frites froides et mortes.

– Mike, je n’arrive pas à croire que t’as ramené l’Infection dans nos bureaux.

– C’est à cause de leurs frites. C’est le seul fast-food où ils ne les enduisent pas de cette pâte à frire écoeurante. Je suis allé chez moi pour prendre un disque, et j’ai vu l’enseigne du McDrove et… j’ai été faible.

– Silence ! Que la mise en quarantaine commence !

Mike connaissait les règles et les avait enfreintes. Et donc, pour le reste de la journée, tout le monde dans la boîte l’a évité ».

Sortie : Au Diable Vauvert, 523 pages, 22 euros.

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