Fantasmagori (Ori and the Blind Forest)

Fantasmagori (Ori and the Blind Forest)

Note de l'auteur

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ori-and-the-blind-forest-pc-1407853394-015Ce début d’année 2015 aura été bien morne dans le jeu vidéo. Certes, ce n’est jamais la période propice aux gros hits, mais on trouve habituellement toujours quelque chose à se mettre sous la dent. Et puis est apparu Ori and The Blind Forest. Repéré lors du dernier E3 comme une exclu Microsoft (comprenez XBOX ONE et PC), le jeu aura attiré les curieux par son visuel splendide, à mi-chemin entre du Miyazaki et des concepts arts divers. A l’origine de ce jeu, un studio complètement inconnu, Moon Studios, qui avait seulement annoncé en 2010 un FPS stratégique Warsoup, depuis disparu des radars. Microsoft les repère et signe une collaboration avec eux pour développer Ori and the Blind Forest. Il est très difficile d’avoir plus d’informations sur Moon Studios. Tout juste sait-on que tous les développeurs sont dispatchés dans le monde entier, probablement à bosser de chez eux. Mais vu la qualité de leur premier titre, j’espère très sincèrement que ça ne sera pas le dernier.

Il était une fois

Ori and the Blind Forest raconte comment Ori, une petite créature blanche, va sauver la forêt d’une aura maléfique avec l’aide de Seyn, un esprit qui vous accompagnera toute l’aventure. Évidemment, de nombreux ennemis se mettront en travers de votre chemin, notamment Kuro, une chouette malfaisante qui va tout faire pour vous arrêter. Après un prologue qui réussit le tour de force de vous plonger instantanément dans l’histoire et ce, sans aucun dialogue (une prouesse pour ma part, mais je vous laisse la surprise du comment), on commence à entrevoir les mécaniques de gameplay. Ori est donc un jeu de plate-forme pur jus, le tout englobé dans un système de Metroid-like. Pour faire simple, le jeu est un niveau gigantesque avec des passages bloqués le temps de trouver la compétence adéquate pour pouvoir y accéder. Les allers-retours sont nombreux, surtout qu’aucun système de téléportation ne vous aidera, mais étrangement, ce n’est même pas un défaut. Mieux encore, on se surprend à diriger Ori avec plaisir tellement la jouabilité est un bijou d’accessibilité et de fun.

ori-and-the-blind-forest-xbox-one-1411044648-027La surprise vient surtout de la manière dont va progresser votre personnage. Ça ne sera pas au travers de gadgets ou d’armes supplémentaires mais plutôt par l’agilité de son personnage. Au départ, Ori peut seulement sauter et attaquer les ennemis via Seyn qui balancera des petits frappes d’énergie. Chaque ennemi libère des orbes jaunes qui viennent gonfler une jauge de niveau, et à chaque niveau rempli, vous obtenez un point de compétence à utiliser dans une des trois catégories disponibles : l’attaque (pour augmenter votre puissance de feu), la navigation (pour récupérer plus facilement les bonus) et l’agilité (pour sauter plus facilement ou respirer sous l’eau, par exemple). En plus de ça, les compétences principales arrivent au fur et à mesure de l’histoire afin de vous donner d’autres possibilités de gameplay et de débloquer des passages. Le plus surprenant, c’est qu’en dehors d’ouvrir de nouvelles zones, ces capacités permettent aussi de dynamiser les mouvements et le gameplay, à tel point qu’à la fin du jeu, le gameplay sera tellement aérien et vertical qu’on ne touchera presque plus le sol. Entre la possibilité de rebondir sur les ennemis ou leurs tirs, de grimper sur les murs et un double saut salvateur, les multiples capacités viennent enrichir un gameplay certes simple, mais diablement efficace.

Question d’apprentissage

Parce qu’en plus de proposer une jouabilité au diapason, le game design est une vraie merveille. On pourra même comparer la progression du jeu à du Zelda tellement certaines zones privilégient les skills et d’autres la rapidité d’exécution, via l’utilisation prolongée d’une capacité principale. Ici, on utilisera une plume pour jouer avec les vents contraires en évitant des piques, là, on utilisera les tirs ennemis en les faisant changer de direction pour détruire des troncs d’arbre. Autant de chouettes idées qui, si elles ne sont pas spécialement originales, ont le mérite d’être clairement maîtrisées de bout en bout, sans jamais frustrer le joueur. Car oui, le jeu n’est pas une promenade de santé. On meurt beaucoup dans Ori, mais fort heureusement, ce n’est jamais frustrant, au contraire. L’ingénieux système de checkpoint vient rassurer le joueur du dimanche, et permet, contre quelques points d’âme (la jauge bleue), de créer un checkpoint où bon vous semble (s’il n’y a pas d’ennemis dans les parages). Ces checkpoints vous permettent aussi de dépenser vos points de compétences, et tant que vous avez des points d’âmes à disposition, vous remplacez votre précédent checkpoint par le nouveau. Plutôt malin, le jeu est suffisamment bien pensé pour toujours semer quelques indices, histoire de ne pas piéger le joueur. Quelques cristaux bleus sur le chemin sont souvent signes qu’un passage difficile se trouve juste devant vous. Et surtout, le jeu regorge de moments assez épiques, notamment des course-poursuites qui font souvent office de boss, dans lesquelles Ori se retrouve poursuivi par des éléments et doit atteindre la sortie avant de se faire broyer par quelques rochers récalcitrants, le tout agrémenté d’une ambiance sublime.

1426100193-802-capture-d-ecran-moon-studio-microsoftOui, Ori and the Blind Forest est superbe, magnifique, incroyable. C’est d’ailleurs la grosse inquiétude que j’avais au moment de lancer le jeu : est-ce que, comme beaucoup trop de jeux indés, le jeu est bon en plus d’être beau ? Comme expliqué ci-dessus, c’est heureusement le cas. Le jeu fourmille de détails dans son graphisme, que ce soit des petits animations pour faire bouger les feuillages ou la beauté de certains panoramas. Le choix de couleurs est toujours servi par une composition des tableaux somptueuse, et il n’est pas rare de rester à observer l’arrière-plan juste pour le plaisir des yeux. On y verra l’influence massive d’animés japonais ou même de certains Disney, et on pourrait même reprocher au jeu de ne rien tenter dans son visuel, mais l’artistique est tellement maîtrisé que ce serait cracher dans la soupe. Certains l’ont comparé à Trine, le jeu de coopération à 3 joueurs, mais j’ai toujours trouvé que Trine était presque vulgaire dans son approche graphique, qui nous balance de la couleur flashy et des rais lumineux juste pour que ça ait de la gueule. Ori est beaucoup plus fin et maîtrisé dans son approche, à tous les niveaux. Même les personnages et les ennemis, faits en 3D, réussissent à s’intégrer parfaitement dans les décors. La musique est tout aussi sublime que le visuel et reste facilement dans la tête, et même le sound design est extrêmement réussi. Bref, tout est maîtrisé de A à Z. On pourra reprocher quelques petites erreurs, notamment l’inexplicable volonté de bloquer l’accès à toute une zone de jeu après avoir terminé l’histoire à cet endroit, ce qui empêche les complétistes d’y retourner afin de récupérer les derniers bonus, ou encore un flou de mouvement un peu trop fort à mes yeux mais désactivable. Mais le reste est tellement mémorable que ça reste des défauts très mineurs.

Conclusion

Pour conclure, Ori and the Blind Forest est la petite perle de ce début d’année, le jeu à ne pas louper, surtout si vous aimez les jeux d’aventure mâtinés d’une touche de plate-forme suffisamment retorse pour avoir un minimum de challenge. Superbe, envoûtant, avec une touche de mélancolie sans jamais prendre le joueur pour un con, le jeu est aussi incroyablement humble pour ce qu’il propose. Je ne sais pas si c’est le fait que le jeu n’est pas eu une promo de dingue ou que les développeurs restent étonnamment discrets, mais quand on voit le nombre de studios qui bombent le torse en montrant fièrement leur jeu techniquement à la pointe mais à la ramasse sur le reste (coucou The Order et plein d’autres), je suis surpris de voir que Ori and the Blind Forest ne cherche pas épater la galerie alors que ça aurait pu être le cas, et préfère se concentrer autant sur le fond que sur la forme. On sent l’amour du travail bien fait, le petit côté artisanal des gens qui aiment le jeu vidéo, même si Microsoft est derrière. Surtout, on prend un pied pas possible à le parcourir en étant constamment ébloui par les tableaux vivants qui s’animent sous vos yeux. Le jeu n’est peut-être pas fait pour tous les enfants (un peu trop difficile mais loin d’être insurmontable – c’est pas non plus Super Meat Boy), possède une durée de vie honorable (j’ai dû mettre environ 7 heures), mais vaut clairement son prix. C’est tout simplement un vrai petit bijou.

Ori and the Blind Forest
Développé par Moon Studios
Edité par Microsoft Game Studio
Prix: 20 euros

 

 


Ori and the Blind Forest – Trailer de lancement par Gamekult

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