Le polar à la télé par Robin Barataud

Le polar à la télé par Robin Barataud

Quatrième invité à venir s’exprimer dans le cadre du Mois du Polar, Robin Barataud voit dans le genre très permissif du polar un reflet de notre monde, lié au divertissement. Une vision à l’image de son travail à la télévision où, en écrivant le classique policier de TF1 et du 52 minutes alors émergent sur France 2, il a su incarner les vents parfois contraires du polar à la télévision française.

@France2

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« Depuis toujours, je baigne dans le polar : par la littérature policière d’abord, puis par le cinéma. Donc, quand j’ai commencé à écrire pour la télé, ma culture et mes goûts me prédisposaient évidemment aux séries policières.

Ça tombe bien : on est à la fin des années 90, les « polars du jeudi soir de TF1 » font les meilleures audiences de la télé et France 2 se lance juste dans un nouveau format, le 52 minutes policier. Pas besoin de dire que les auteurs avec une solide culture policière étaient accueillis les bras ouverts. C’est en tous cas le sentiment que j’ai eu à l’époque et qui, je crois, n’est plus vraiment d’actualité de nos jours.

@TF1

@TF1

Alors oui, évidement, passer de Lawrence Block et Elmore Leonard à Julie Lescaut et Les Cordier, Juge et Flic, c’est violent. Mais il y avait une différence énorme : Block et Leonard, je les lisais, Lescaut et Cordier, je les écrivais !

Plus sérieusement, j’ai toujours cru que la fiction policière télé évoluerait forcément – dans le bon sens, bien sûr. Et bien, je le crois encore. C’est long, la télé prend son temps mais il y a quelques signes encourageants, des réussites malheureusement éparses. Comme dans beaucoup de domaines, la fiction française reproduit la fiction américaine – avec une bonne vingtaine d’années de retard, certes. L’explosion des Experts sur TF1 a entraîné quelques temps plus tard une nouvelle génération de séries policières.

© CBS Paramount Network Television

© CBS Paramount Network Television

J’aime la fiction de genre (qu’elle soit littéraire, cinématographique ou télévisuelle) parce qu’elle permet un double niveau de lecture. Il y a un premier degré de lecture qui propose un pur divertissement : vous avez envie de vous détendre, vous prenez un bouquin ou vous mettez devant un film ou une série et vous vous laissez embarquer par une bonne intrigue policière ou par une histoire qui fait peur. Et puis, si vous êtes plus en recherche de sens, d’un propos, les fictions de genre vous offrent souvent (pas toujours et encore moins à la télé) derrière le divertissement un discours, un regard.

L’auteur d’une fiction de genre a l’élégance de ne pas vous asséner frontalement son discours et le pare d’une belle histoire pour le rendre plus digeste. C’est ce que j’aime dans le genre policier : une vision de notre monde derrière une histoire divertissante.

La fiction française ne le réussit pas encore à chaque fois, loin de là, il y a tout un système de blocages qui empêchent la tenue de discours pertinents dont le plus important est certainement l’autocensure : l’auteur croit que le producteur n’acceptera jamais cette idée ; le producteur croit que le diffuseur n’acceptera jamais cette idée ; diffuseur dont personne n’est capable aujourd’hui de dire à quoi il croit – a-t-il seulement une vision de sa fiction ? »

Robin Barataud
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