Le Retour d’Ultraman en manga

Le Retour d’Ultraman en manga

Note de l'auteur

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Ultraman. La sonorité du mot vous dit peut-être vaguement quelque chose. Parce qu’il faut bien être sincère : si tel était le cas, ce serait de l’ordre d’une série ultra-kitsch, vague croisé entre un épisode de Dragon Ball et un des Chevaliers du zodiaque au Club Dorothée. Mais pour beaucoup de Japonais, Ultraman est une œuvre culte, à mi-chemin entre Twilight Zone et Godzilla.

 

Les origines du mythe

Petit flashback. Le 17 juillet 1966 apparaît pour la première fois sur les écrans japonais une nouvelle série de science-fiction au nom plutôt guttural de « Urutorama ». Créée par un certain Eiji Tsuburaya, elle plante son intrigue dans un futur proche où des races d’extraterrestres géants ont pris la mauvaise habitude de débarquer pour tout casser (ça vous rappelle quelque chose non ?!). Heureusement pour l’Humanité, un autre E.T. décide de fusionner avec un humain – Hayata – dans le but de combattre ses congénères. C’est Ultraman.

 

Ultraman 80

Ultraman 80

Enorme succès au Japon, mais la franchise ne sera découverte que 22 ans plus tard par les petits Français que nous sommes avec Ultraman 80 (remake de la série originale, daté de 1981) : un programme diffusé d’abord de façon discrète sur M6 en 1988, puis au sein de la grille du « Club Dorothée » en 1991. Elle fut cependant moins appréciée que d’autres sentaï comme Bioman ou Power Rangers, plus récentes donc (un peu) moins kitsch.

 

Un retour sur papier*

Quarante cinq ans après ses débuts à la télé nippone, le « Géant de Lumière » fera son grand retour en manga, en novembre 2011, au sein du très prolifique magazine Monthly Hero’s. Un sequel qui reprend le même décor, mais quelques décennies plus tard, alors que la Terre semble débarrassée des armées de géants monstrueux dirigées par l’alien Zetton. Pour expliquer ce bond temporel (depuis l’Ultraman de 1966 à celui-ci), Fabien Vautrin – au départ traducteur sur la licence – a décidé de faire des recherches poussées pour permettre aux lecteurs d’aujourd’hui de comprendre comment s’est opérée cette modernisation. Son Ultra Qlub est disponible à la fin de chaque tome d’Ultraman et il est à lire absolument !

Ultra Qlub

Ultra Qlub

Publier la suite des aventures d’Ultraman était une volonté forte de la part de son éditeur français Kurokawa. D’abord pour faire découvrir ce personnage iconique aux nouvelles générations, mais aussi pour permettre aux fans des débuts d’en découvrir la suite, via le regard d’un nouveau protagoniste : Shinjirô Hayata (le fils du héros – Shin – désormais trop âgé). Cette adaptation française connut d’ailleurs une gestation semée d’embûches, la maison-mère Tsuburaya Pro ayant du mal à lâcher son bébé, dont les droits à l’international venaient tout juste d’être ouverts. Mais tout ce travail n’aura pas été vain puisque le jour même de la sortie de cette suite, toute une communauté de fans est déjà dans l’attente fébrile du résultat (d’ailleurs, Mathieu, notre « expert » manga, reviendra très vite sur le sujet).

 

Ma critique

Suite à la lecture des 2 premiers tomes et en grande fan de SF, je ne peux que me réjouir de cette « rénovation » qui bénéficie des services d’un certain Eiichi Shimizu à l’écriture (Hybrid Insector, Linebarrels of Iron…). D’une part, pour la fan de sentai que je suis, c’est un vrai plaisir de retrouver cet univers qui est pour ainsi dire à la base du genre (rappelons qu’Ultraman fut l’une des premières séries télé SF au Japon, juste après Ultra Q, qui n’est jamais arrivée chez nous), et ne souffre pas du tout de son passage au papier. Des extraterrestres belliqueux, des ‘robots’ géants, des héros altruistes… la recette de base demeure et se révèle toujours aussi efficace.

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Deux générations

Sans vous spoiler quoi que ce soit, ceux qui priaient pour un retour du Géant de Lumière seront ravis de la pirouette scénaristique opérée ici. Lorsqu’on a été possédé par une entité extraterrestre, est-ce qu’il en demeure des traces ? Que deviennent les ‘super-héros’, des années après leurs exploits, lorsqu’ils vieillissent ? Et comment gérer l’héritage si pesant d’un père sauveur de l’humanité ? J’irais même jusqu’à dire que ce nouveau scénario est plus noir, plus adulte que les versions des années 60-80, qui elles avaient séduit les enfants et les adolescents de l’époque.

Côté dessin, le trait de Tomohiro Shimoguchi (Hybrid Insector, Kurogane no Linebarrels…) est sûr et précis, donnant vie aux expressions des personnages (on est loin des gros yeux en soucoupes et grimaces comiques) et au métal des armures. On y retrouve un peu le style d’autres titres comme Evangelion ou Knight of Sidonia, aussi bien niveau réalisme que dans la mise en image de l’action.

En clair, fans de l’univers SF ou de shônen aux gros enjeux, je ne saurais trop vous conseiller ce nouvel Ultraman, une série qui – si elle continue dans la verve de ces 2 premiers tomes – risque fort de se hisser au rang des must du genre. À suivre donc.

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Ultraman, de Eiichi Shimizu et Tomohiro Shimoguchi, sortie du tome 1 le 11 juin et du tome 2 le 2 juillet 2015, aux éditions Kurokawa.

* : informations recueillies auprès de Grégoire Hellot, Directeur de Collection chez Kurokawa.

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