Le sourire en coin du Malin (Misfits & Monsters / truTV)

Le sourire en coin du Malin (Misfits & Monsters / truTV)

Note de l'auteur

Un loup-garou futur président, Satan, l’intelligence artificielle, un ours de dessin animé alcoolique, une vraie sirène et un faux sauveur de JFK : Bobcat Goldthwait se fait plaisir avec cette anthologie fantastique. Rien de transcendant, certes. Mais il s’en sort parfois mieux que de grands noms. N’est-ce pas, Chris Carter ?

Bobcat Goldthwait ? Derrière ce nom bizarroïde et franchement imprononçable pour nos chastes palais francophones, se cache, mais oui, le « Zed » tout aussi bizarroïde de la série de Police Academy. Connu pour son humour noir aux States, l’homme est acteur, réalisateur et « voice artist ». En l’occurrence, il est le créateur, scénariste, producteur exécutif et réalisateur de cette sympathique anthologie fantastique qui annonce la couleur d’entrée de jeu, Misfits & Monsters.

On pense bien sûr aux Grands Anciens du genre, les Twilight Zone et autres The Outer Limits. Bon, la comparaison s’arrête ici, car l’enjeu n’est pas le même. N’est pas Rod Serling qui veut. Mais ça tombe bien, car Bobcat Goldthwait n’en a pas l’intention. Son idée est de se faire plaisir, et si possible, de distraire son auditoire.

Il faut dire qu’en 20 minutes chrono, renouveler tout un genre relèverait de la gageure. Ces Misfits & Monsters préfèrent ajouter leur petit grain de sel à des motifs largement rebattus dans la production télévisuelle. Ne cherchez donc pas le twist final encore inédit, ou le point de vue absolument original sur un thème rabâché. Le showrunner explore un territoire déjà bien balisé, en remarquant, çà et là, peut-être, un caillou brillant à côté duquel tout le monde serait passé.

Seth Green vs Bubba the Bear (E01)

La moitié du plaisir, au fil des huit épisodes qui composent cette anthologie, vient des acteurs eux-mêmes. C’est toujours un bonheur de retrouver Seth Green (Oz dans la génialissime Buffy contre les vampires), voire la très républicaine Melissa Joan Hart (Sabrina, l’apprentie sorcière pour ceux qui aiment ce genre de chose). L’occasion, aussi, de découvrir des comédiens américains qui n’ont guère traversé l’Atlantique. Surtout des artistes « physiques » – on voit vite qu’ils ont la préférence de Goldthwaite.

Reste une série anthologique finalement assez complète. Jugez-en plutôt : un personnage de dessin animé pour enfants se révèle être un ours bleu violent et alcoolique ; une journaliste veut prouver que le favori à l’élection présidentielle US est un loup-garou ; un found-footage devrait permettre de savoir ce qu’il est advenu d’une star disparue de la pop américaine, et de ses liens avec Satan ; Ethan et ses « potes » passent une nuit sous la tente, une nuit « mortelle » pour un voisin ; un jeune homme amoureux d’une sirène lui déclare sa flamme… mais rien n’est aussi simple ; un soldat incompétent est envoyé dans le passé pour sauver JFK à Dallas ; faire communiquer deux formes d’intelligence artificielle, est-ce une si bonne idée que cela ? ; deux copains sont transformés en abeilles de dessin animé.

La sirène et son aspirant

On le voit, Goldthwait boucle la boucle en refermant sa série sur le motif du « dessin animé devenu réel ». Au final, il puise largement dans les thèmes et passages obligés de la création télévisuelle (et, admettons-le, cinématographique) fantastique actuelle. Il se fait le reflet amusé d’un certain conformisme, d’ailleurs : l’ours animé passe dans la vie réelle, le found-footage, le candidat-loup-garou à la présidentielle, les gamins qui ont une aventure effrayante lors d’une nuit sous la tente… Mais toujours, le créateur de Misfits & Monsters conserve ce sourire en coin qui rend ces huit épisodes plutôt agréables à regarder.

Sans oublier, à la fin de chaque histoire, les quelques minutes « making of » plutôt plaisantes qui complètent agréablement l’ensemble. Rien de transcendant, donc. Plutôt une jolie ironie envers ces séries/films qui n’essaient même plus de renouveler leur matériau de base. L’épisode 7, par exemple, s’en sort nettement mieux que l’épisode 7 de la 11e saison de X-Files, qui « explorait » (le mot est un peu fort) lui aussi les conséquences de l’intelligence artificielle dans un monde hyperconnecté. Chris Carter, si tu nous écoutes…

Bobcat Goldthwait’s Misfits & Monsters en 8 épisodes
diffusée sur truTV en juillet et août 2018
Série créée, écrite et réalisée par Bobcat Goldthwait
Avec Seth Green, Melissa Joan Hart, David Koechner, Josh Fadem, Cara Mantella, etc.

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