Les femmes dans Mad Max

Les femmes dans Mad Max

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Il n’aura échappé à personne que Mad Max : Fury Road, en plus de l’hallucinant spectacle qu’il administre à doses pantagruéliques, est aussi un grand film féministe. Évadées de l’enfer machisto-barbare imposé par Immortan Joe, Furiosa et son petit groupe de femmes rebelles impriment à ce 4e film de la saga une dimension militante particulièrement bienvenue en ces temps de menaces diverses pesant sur la condition féminine dans le monde. La femme, les femmes, ont toujours joué un rôle prépondérant dans l’univers de Max. Retour sur les héroïnes de Max et leurs interprètes, judicieusement choisies par maître Miller. Spoilers de sortie.

MAD MAX

LE PERSONNAGE : JESSIE (épouse de Max Rockatansky)
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« Max, je trouve que tu fréquentes beaucoup d’amateurs de cuir, de bondage et de SM »

Dans le premier opus de la saga, Jessie – la jeune épouse de Max – apparaît comme une femme lumineuse et douce, en contraste avec la noirceur et le délabrement qui caractérisent l’Australie dystopique du film. Après la course-poursuite d’introduction se soldant par la mort brutale d’un fugitif traqué par notre héros, une ellipse nous emmène dans la maison de Max où sa femme lui joue un air de saxophone avant de lui sécher les cheveux. La violence de la route laisse donc place à la musique et à la tendresse du foyer. Dès lors, on comprend que l’équilibre mental de Max est assuré par sa femme et leur bébé.

Vers la moitié du film, Goose – le partenaire du héros – est brûlé vif dans son véhicule après une embuscade menée par le gang des motards. Il survit de justesse. Très affecté par le sort de son ami, Max le policier remet sa démission mais son boss le convint de prendre des vacances en famille pour y réfléchir. Les scènes suivantes montrent quelques-uns des derniers instants de bonheur de Max, qui en profite pour confier ses sentiments profonds à Jessie, comme s’il pressentait qu’il n’en aurait plus l’occasion. En présence de sa femme, Max se montre étonnamment sensible, délicat… et même comique à ses heures (l’imitation de Tarzan, le cambouis sur le nez, le message approximatif en langue des signes).

"Deux cheeseburgers et un Coca s'il vous plait !"

« Deux cheeseburgers et un Coca s’il vous plaît ! »

Au fil du long métrage, Jessie ne joue pas de rôle moteur dans l’histoire et sa personnalité n’est jamais très développée, même si son caractère surgit à certains moments, notamment lorsqu’elle envoie un coup de genou dans les valseuses de Toecutter, le chef de gang. Son statut de mère n’est pas non plus particulièrement mis en valeur, sauf quand elle part à la recherche de son fils capturé par les motards. Son véritable rôle est clair : préserver la part d’humanité de son mari, de plus en plus fragilisée par la violence qui l’entoure.

Quand Jessie se retrouve à l’hôpital entre la vie et la mort et que son bébé est tué, Max perd pied. Plus rien ne retient désormais sa métamorphose en être sans pitié, capable de torture (le garagiste qui bosse pour le gang des motards), de cruauté (la scène de la scie, qui aurait d’ailleurs inspiré le film Saw) et de meurtres de sang froid. Sans sa femme Jessie à ses côtés, Max Rockatansky n’existe plus. Mad Max a pris sa place.

L’ACTRICE : JOANNE SAMUEL
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Joanne Samuel n’a que 21 ans quand elle décroche le rôle de Jessie.

Actrice australienne familière des séries télés locales avant Mad Max, Joanne Samuel n’a que 21 ans lorsque George Miller lui confie le rôle de Jessie. La jeune comédienne remplace alors au pied levé une consoeur initialement pressentie et qui partageait avec elle le générique du soap Jeunes Docteurs.

Parfaitement convaincante dans Mad Max avec ce personnage d’épouse à la fois mutine, émouvante et dure à cuire, Joanne Samuel n’a pourtant pas spécialement profité de la notoriété du film. Elle est restée fidèle à sa terre d’origine, s’illustrant dans divers films et séries locales – en 1987, elle partage notamment l’affiche du médiocre thriller Watch the shadows dance avec une certaine… Nicole Kidman. Les heureux acheteurs du blu-ray Mad Max récemment édité par Shout Factory aux États-Unis peuvent retrouver Joanne dans les bonus du film.

 

MAD MAX 2

LE PERSONNAGE : LA FEMME GUERRIÈRE (membre du clan de Pappagallo)
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« Aïeuh… Ça pique ton truc ! »

Quand Max rapporte un blessé grave au campement construit autour de la raffinerie, la première personne venant à sa rencontre n’est autre que la “femme guerrière”, une sorte d’amazone en armure blanche dont le véritable nom n’est jamais évoqué. Loin de se montrer accueillante, elle pointe un arc bandé sur notre héros puis le menace avec un couteau de chasse. “Pour ce qu’on en sait, il est l’un d’entre eux”, crache-t-elle, en référence au gang des pillards. Quand Max demande de l’essence en échange du blessé, elle lui reproche de faire le “commerce de la vie humaine” et le traite d’ “ordure de mercenaire”. En bref, leur relation ne part pas vraiment sur le bon pied…

Plus tard dans le film, lorsque Max retourne le tracteur routier à la raffinerie, quelques pillards parviennent à le suivre derrière la ligne de défense. La femme guerrière un égorge un sans hésitation. Max, lui, s’empare du lance-flammes pour défendre le campement contre les assaillants qui tentent d’y pénétrer. Une fois le calme revenu, l’amazone vient s’excuser auprès du héros, reconnaissant s’être trompée sur son compte. Un moment très bref mais assez intense et suffisant pour suggérer la naissance d’une petite étincelle entre les deux personnages. Max semble vouloir articuler une réponse mais aucun son ne sort de sa bouche.

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« Devine qui c’est ? »

Toujours rongé par la perte de sa famille, Max ne cherche pas à se rapprocher de la femme guerrière d’une façon ou d’une autre. En revanche, elle décide de l’accompagner lorsqu’il tente de percer les lignes ennemies au volant du camion. Une mission quasi-suicidaire. Perchée sur la remorque, l’amazone parvient à planter un carreau d’arbalète dans le torse d’un pillard mais reçoit elle-même deux fléchettes mortelles de la part de Wez, le “chien de guerre” de Lord Humungus. Pour elle, c’est la fin du voyage.

La femme guerrière est vengée quelques minutes par Max, qui se débarrasse de Wez et Humungus simultanément lors d’une spectaculaire collision clôturant une mythique course-poursuite de près de 14 minutes.

Pas de romance dans Mad Max 2 donc, sauf entre le pilote de gyroptère et la blonde coiffée en palmier qui partent ensemble vers le nord avec les survivants de la communauté. Toutefois, le rictus amusé que Max destine au pilote à la fin montre qu’il n’est plus aussi froid et insensible qu’au début du long métrage…

L’ACTRICE :  VIRGINIA HEY
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Virginia Hey a aussi été James Bond girl.

Grande tige de près d’1,80m née en 1952 (cinq ans avant Joanne Samuel), Virginia Hey est mannequin à Sydney lorsqu’elle décroche le rôle de la magnifique « guerrière ». Malgré son peu de mots à l’écran, elle dégage un charisme et une force iconographique, couplés à la puissance de sa dernière scène lors de la poursuite finale, qui feront d’elle une « trademark » culturelle indélébile de Mad Max 2. Comme un brouillon magnifique de la future Furiosa.

Virginia s’est depuis distinguée dans divers rôles en télé, dont le plus célèbre restera celui de la créature Pa’u Zotoh Zhaan (Zhaan pour les intimes) dans la série de SF Farscape, où elle s’illustre pendant plus de deux saisons. Elle quittera la série, entre autres, pour raisons de santé : le maquillage bleu de son personnage avait fini par abîmer sa peau et ses reins. Elle fut aussi James Bond girl dans Tuer n’est pas jouer (1987).

Artiste cumulant les casquettes, passionnée de mode et réputée pour son sens de la répartie sur les plateaux télé, Virginia fut aussi styliste freelance entre deux rôles pour le petit écran dans les années 90, avant de s’installer aux États-Unis pour Farscape puis en Grande-Bretagne, où elle vit depuis 2012. Là-bas, Hey a créé sa propre société de parfums et anime des talk-shows en radio.

 

MAD MAX : AU-DELÀ DU DÔME DU TONNERRE (Entity, Savannah Nix)

LE PERSONNAGE : ENTITY
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Duel capillaire au sommet

Dépouillé de son véhicule et de ses dromadaires (!), Max se rend à Trocville pour récupérer ses biens. Il découvre que cette communauté est dirigée par une certaine Entité qui, d’emblée, le qualifie de “loqueteux”, avec son cuir sale et ses longs cheveux longs broussailleux. En comparaison, il est vrai qu’elle arbore un look soigné… selon les critères de la mode post-apo : robe en cotte de maille, grandes boucles d’oreilles métalliques, crinière blanche soignée.

Celle qui était une “rien du tout” avant la guerre nucléaire affirme avoir construit Trocville à partir du néant et ainsi relancé la “civilisation”. Max, en revanche, est passé du statut autrefois respectable de policier à celui de vagabond hirsute. Un renversement des positions sociales qui ne manque pas de piquant… Quand notre héros passe avec succès son “audition”,  “tatie” (“auntie” en VO) accepte de lui confier un boulot : tuer Blaster, un colosse fonctionnant en binôme avec Master, le nain contrôlant toute la production d’énergie de Trocville et qui commence à devenir encombrant. Une sale besogne qui inspirera à Max une réplique sardonique : “Ah je vois, très civilisé”.  Il accepte néanmoins la mission, en échange de ses biens réquisitionnés.

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Cette robe en cotte de mailles pèse la bagatelle de 55 kg

Maxou se retrouve sous le “dôme du tonnerre” en compagnie de Blaster et il sait qu’il ne peut plus reculer. Tout Trocville assiste au duel. Au moment d’en finir, l’ex-“guerrier de la route” découvre que son adversaire est trisomique et refuse de l’achever. “Ça ne faisait pas partie du marché !”, lâche-t-il. Loin de se démonter, Entité fait achever Blaster, saute dans l’arène et reconnaît le complot… avant d’invoquer une de ses propres lois pour se débarrasser de Max, puisqu’il a manqué à sa parole (“Bust a deal, face the wheel”). Machiavélique. L’ancien policier est condamné à l’exil et “tatie” n’a plus personne pour contester son pouvoir.

Plus tard, Max revient à Trocville avec des jeunes de la Tribu Perdue. Ensemble, ils libèrent Master – le seul sachant faire tourner l’usine à méthane – et s’enfuient à bord d’un train de fortune, détruisant tout sur leur passage. Entité se lance à leur poursuite et, en bon leader charismatique, convainc ses troupes de l’accompagner. Finalement, Max permet à ses camarades de s’échapper de justesse…. sans lui. La chef de Trocville le retrouve et, alors qu’il est à sa merci, décide de l’épargner. “On fait la paire, hein, le loqueteux ?”, lance-t-elle, bonne perdante, avant d’éclater d’un rire sonore. Max a gagné son respect.

L’ACTRICE :  TINA TURNER
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Tina Turner a enregistré deux morceaux pour la BO de Mad Max 3.

Au moment du tournage de Mad Max 3, à l’automne 1984, Tina Turner vient tout juste de débuter un spectaculaire come-back musical après plusieurs années de semi-traversée du désert. En juin de la même année, son album Private Dancer et le méga tube en devenir What’s love got to do with it l’ont ramenée au premier plan et, puisque ce Mad Max est le tout premier de la franchise à recevoir le financement d’un studio américain, George Miller est prié d’y inclure un gros nom bien vendeur. La reine de la soul fera l’affaire.

Le CV de comédienne de Tina Turner se résume alors à deux panouilles dans Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1978) et Tommy (1975). Elle se débrouille pourtant plus que pas mal du tout sous la robe en cotte de maille d’Entity, laissant parler sa faconde naturelle et son outrance de rock star parfaitement calibrée pour l’univers post-apocalyptico-punk de Mad Max. Entity restera son seul et unique rôle de poids au cinéma, hormis un petit coucou dans Last Action Hero en 1993 et puis… plus rien !

Années MTV obligent, Tina Turner se fendra par ailleurs de deux hits sur la bande originale de ce 3e Mad Max : le mondialement célèbre We don’t need another hero et le plus confidentiel (et rock FM) One of the living .

LE PERSONNAGE :  SAVANNAH NIX
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« S’aimer, c’est regarder dans la même direction »

Savannah n’apparaît qu’au bout de trois quarts d’heure de film. C’est elle qui découvre Max en plein désert, à moitié mort de soif après son exil forcé de Trocville. En le ramenant à l’oasis de la Tribu Perdue, elle lui sauve la peau. Ensuite, elle veille sur lui et lui coupe les cheveux pendant son sommeil. Cette métamorphose physique souligne la rédemption morale entamée par Max à l’issue du duel sous le dôme du tonnerre, lorsqu’il a choisi d’épargner son adversaire trisomique. Il s’apprête désormais à aider cette tribu constituée uniquement d’enfants et d’adolescents.

À son réveil, Max écoute Savannah raconter la légende du capitaine Walker en s’appuyant sur des peintures murales. Ses talents de conteuse subjuguent la foule, qui répète en choeur les moments clés de l’histoire. Contrairement à Entité qui dirige Trocville avec des lois violentes et expéditives  – le dôme du tonnerre pour résoudre les querelles, la “roue de la fortune” pour décider des châtiments –, Savannah est une sorte de guide spirituel pour sa tribu, une mémoire vivante imparfaite mais enthousiaste d’un monde qui n’est plus. La jeune femme et Slake, l’autre doyen de la tribu, utilisent la connaissance pour asseoir leur autorité.

Quand Max arrive à convaincre la tribu qu’il n’est pas du tout le capitaine Walker de la légende, Savannah estime que sa présence même prouve qu’il est possible de quitter l’oasis et, peut-être, de rejoindre la civilisation. Pour la dissuader de partir, notre héros l’assomme d’un coup de poing, après avoir tenté en vain de lui faire peur avec un fusil. Le lendemain, elle parvient à s’enfuir avec quelques camarades. C’est qu’elle est têtue !

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« Je quitte notre oasis paradisiaque pour aller mourir dans le désert. Qui me suit ? »

Accompagné de trois enfants de la tribu, Max part à la recherche du groupe de Savannah et finit le retrouver… en train de se battre avec des sortes de sables mouvants (un des gamins y laissera sa peau). Impossible de reculer désormais, il faut se rendre jusqu’à Trocville et, tant qu’à y être, délivrer Master (cf. partie sur Entité). Max et Savannah se chamaillent dans les tuyaux menant à l’usine de méthane, mais ils savent qu’ils sont dans la même galère. Quelques instants plus tard, les infiltrés grillent leur couverture et le duo Max-Savannah collabore pour ralentir l’arrivée de renforts. Après une longue course-poursuite en train-voiture-avion, Max se sacrifie pour que les autres puissent échapper à Entité. Il survit mais se retrouve à nouveau seul.

La scène finale présente une Savannah plus âgée, en train de prononcer un discours devant sa nouvelle tribu urbaine. Plus que jamais une figure de sagesse, elle appelle à reconquérir les savoirs d’autrefois et honore la mémoire de celui qui leur a permis d’entamer cette nouvelle page de l’histoire de l’humanité : Max. Max le héros.

L’ACTRICE :  HELEN BUDAY
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Helen Buday a poursuivi sa carrière au théâtre et à la TV.

Native de Melbourne, Helen Buday a 25 ans lorsqu’elle tourne Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre. Savannah est le premier rôle au cinéma de cette comédienne issue des planches et diplômée, en 1983, de l’Institut national d’art dramatique de Sydney. Depuis Mad Max, elle a poursuivi une très belle carrière au théâtre dans son pays d’origine, entrecoupée de quelques rôles en télévision.

Depuis quelques années, Helen Buday vit… en France. Hé oui ! Installée à Pézenas, dans l’Hérault, elle a intégré en 2008 la compagnie de l’Illustre théâtre, où elle donne des cours de claquettes. Chaque mois de mai depuis 2011, elle préside par ailleurs à Pézenas un festival du film australien particulièrement réputé, le Festival du Bout du Monde. L’invité d’honneur de l’édition 2014, à titre d’exemple, n’était autre que le réalisateur Rolf de Heer, venu présenter son dernier film Charlie’s Country avant sa projection au Festival de Cannes en sélection officielle.

 

MAD MAX  :  FURY ROAD

LE PERSONNAGE : IMPÉRATRICE FURIOSA
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« C’est moi la véritable héroïne de Fury Road… Ça pose un problème à quelqu’un ? »

Née au sein d’un clan de femmes, Furiosa est kidnappée par Immortan Joe alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Une vingtaine d’années plus tard, elle semble avoir acquis la confiance du tyran masqué : elle collecte pour lui l’essence dans les Terres Désolées, à bord d’un immense camion-citerne. Avec son crâne presque rasé, son front noirci d’huile de moteur et son bras mécanique greffé sur le moignon de son bras gauche, elle donne l’impression d’avoir visité l’Enfer à de multiples reprises. Et d’en être revenue plus forte à chaque fois.

Au début du film, on comprend vite que Furiosa a décidé de trahir Immortan Joe et de rendre leur liberté aux cinq “épouses” de son harem, cachées à bord du camion. Le dictateur lance alors ses “war boys” à la poursuite de l’“impératrice”. L’un d’eux, Nux, utilise Max comme une poche de sang vivante accrochée au capot de sa voiture (à la manière des boucliers humains de Mad Max 2).

"Copains ?"

« Copains ? »

Quelques carambolages plus tard, notre héros se retrouve à pied, prisonnier d’une muselière métallique et enchaîné au “war boy” sous perfusion sanguine. Il tombe sur Furiosa et les femmes en train de se laver et, menaçant, leur ordonne de le libérer de ses entraves. S’en suit un duel enragé où l’“impératrice” retourne le fusil de Max contre lui et presse la gâchette… sauf qu’il ne contient aucune cartouche (encore un clin d’oeil au deuxième film de la saga). Bien qu’handicapée par son moignon, elle se bat comme un démon et perd de justesse son combat contre Max, qui lui vole son camion. Manque de pot, elle seule est capable de le conduire… Les deux ennemis vont donc devoir collaborer tandis qu’Immortan Joe, leur adversaire commun, se rapproche.

L’objectif de Furiosa est de retourner à la Terre Verte (Green Place en VO) où elle a grandi, en compagnie des cinq femmes qu’elle a libérées. Max, lui, se fait embarquer dans l’aventure un peu malgré lui. La ressemblance entre le nom de ce quatrième film et celui de l’“impératrice” le sous-entendait déjà : Fury Road raconte bel et bien l’histoire de la rédemption de Furiosa et c’est elle le moteur principal du récit.

Progressivement, au fil des épreuves traversées, la confiance s’installe entre Max et Furiosa. L’un a besoin de l’autre pour survivre. Parfois, leurs compétences se montrent complémentaires, comme lorsque Max, muni d’un fusil à lunette, rate deux fois sa cible avant de consentir à passer l’arme à sa partenaire. Qui fait mouche. Pour compenser, le “guerrier de la route” ne tarde pas à obtenir son instant de gloire, quand il revient couvert de sang – pas le sien – après s’être occupé seul d’un groupe d’ennemis. Cet équilibre périlleux entre les faits héroïques des deux protagonistes – qui se sauvent la vie à tour de rôle, jusqu’à l’émouvante scène de la transfusion sanguine – se maintient habilement tout au long du film. Max et Furiosa forment une équipe, une vraie. Deux héros pour le prix d’un.

S’il se fait un peu voler la vedette, Max n’en demeure pas moins un personnage charismatique (OK, peut-être un peu moins que dans la trilogie initiale…) qui évolue de façon intéressante. Comme dans Mad Max 3, il aura juste fallu qu’il rencontre une femme aux convictions fortes pour retrouver une partie de son humanité oubliée.

L’ACTRICE : CHARLIZE THERON

charlize furiosaEst-il encore besoin de présenter la grande (dans tous les sens du terme) Charlize ? Originaire d’Afrique du Sud, née en 1975, Theron est la fille unique d’un couple de fermiers du Transvaal. En 1991, son adolescence fut marquée par un terrible drame : le meurtre de son père alcoolique par la mère de Charlize, alors que celui-ci s’apprêtait à les battre toutes les deux. La légitime défense fut retenue par la justice et aucune poursuite ne fut retenue à l’encontre de la mère.

Après une sévère dépression lors d’un premier séjour difficile à New York, Charlize Theron s’envole pour Los Angeles à l’âge de 19 ans, reboostée par les conseils de sa mère qui a fait le déplacement depuis l’Afrique du Sud pour aider sa fille en pleine détresse. À L.A., suite à une engueulade avec un employé de banque qui refuse d’encaisser un chèque envoyé par maman Theron, la grande gueule Charlize est repérée par un agent faisant la queue juste derrière elle. Il la lui fera décrocher ses tout premiers petits rôles ainsi que des cours de comédie, jusqu’à ce que Theron se fasse un peu remarquer en épouse dépressive de Keanu Reeves dans L’Associé du Diable de Taylor Hackford (1997) et en top-model dans Celebrity de Woody Allen (1998). Creusant peu à peu son sillon à Hollywood malgré plusieurs titres médiocres (Mon ami Joe, Intrusion, Piège Fatal, 15 Seconds…), elle marque les esprits par son jeu toujours juste et une évidente présence à l’écran.

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Après The Yards et Le Sortilège du scorpion de Jade, c’est dans Monster de Patty Jenkins qu’elle explose définitivement en 2003. À l’écran, elle y incarne la meurtrière bien réelle Aileen Wuernos, une prostituée serial killer exécutée en 2002. Enlaidie, grossie (de 13 kilos), méconnaissable, Theron pulvérise son image de modèle sur papier glacé pour un rôle controversé mais payant, Oscar de la meilleure actrice à la clé en 2004.

A Cannes 2015, avec Sean Penn, son compagnon depuis plus d'un an.

À Cannes 2015, avec Sean Penn, son compagnon depuis plus d’un an.

Charlize Theron a depuis confirmé qu’elle est bel et bien l’une des meilleures actrices en activité à Hollywood et, malgré des résultats inégaux à l’écran, ses choix révèlent une artiste exigeante et désireuse de ne tourner qu’avec les meilleurs. Naturalisée américaine en 2007 (tout en conservant sa citoyenneté sud-africaine), elle a poursuivi de concert sa carrière de comédienne et de mannequin tout en s’investissant dans une multitude de causes humanitaires et politiques. C’est en octobre 2009 que George Miller la recrute dans le rôle de Furiosa pour Fury Road. Jamais en retard d’une initiative, Theron propose elle-même au réalisateur de se raser le crâne pour la cause, tout en ne sacrifiant rien de sa féminité. Sa relation de travail avec Tom Hardy ne fut visiblement pas au beau fixe si l’on en croit les propres propos de l’actrice, décrivant un acteur fermé sur lui-même et peu communicatif. Hardy avait-il lui-même deviné que la véritable star du film n’était pas lui, mais bel et bien Charlize ?

Article écrit en collaboration avec John Plissken qui s’est chargé des parties concernant les actrices.

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