Les Différents Visages de Sherlock Holmes

Les Différents Visages de Sherlock Holmes

Ce mois de Mars a été rebaptisé, Mois du Polar au Daily Mars. Aujourd’hui, un personnage familier des amateurs de policier est passé sous la loupe puisqu’il a été adapté de nombreuses fois, parfois officiellement, parfois de façon détourné.

« Le plus grand des détectives, oui, c’est lui, Sherlock Holmes le voici… »

 

©Granada

©Granada

Celles et ceux nés dans les années 1980 se souviendront peut-être de ce générique, la douce voix d’une petite fille pour un dessin animé qui présentait une vision anthropomorphique de Sherlock Holmes. C’est l’une des innombrables illustrations du célèbre détective. La créature de Sir Arthur Conan Doyle fut une source d’inspiration importante à la télévision. Entre les adaptations littérales et les influences, Sherlock Holmes a arboré de nombreux visages et a investi la petite lucarne (comme le cinéma ou la littérature), petit tour d’horizon.

 

Le classique

Probablement l’une des meilleures interprétations. Jeremy Brett incarne pour Granada un Sherlock Holmes traditionnel ou du moins raccord avec l’image que l’on peut se faire en lisant les nouvelles et romans de Sir Arthur Conan Doyle. C’est à Michael Cox que l’on doit la participation de Jeremy Brett, sa ténacité est venu à bout de l’acteur frileux à l’idée de jouer un personnage « démodé ». Il faut dire que Basil Rathbone interpréta avec beaucoup de conviction le célèbre détective quatorze films durant (de 1939 à 1946) et imprima son visage dans de nombreuses mémoires. Toutefois, Jeremy Brett impose son style et dépoussière la relique de Sherlock. A l’image d’une production de haut vol qui rendit grâce au travail de Sir Arthur Conan Doyle.

 

© CBS Television Studios

© CBS Television Studios

Les modernes

L’anglaise Sherlock contre l’américaine Elementary. On aurait tendance à vouloir les opposer alors qu’elle propose deux variations distinctes, surtout pas complémentaires. Et aucune n’est meilleure que l’autre. Bien sûr, on retrouve des points communs, les impondérables quand on adapte Sherlock Holmes : l’intelligence supérieure, la tendance à la misanthropie, l’addiction. Les deux séries traitent ces motifs différemment. L’anglaise serait beaucoup plus espiègle et ce détachement conduirait à une forme de sociopathie (1×03 : The Great Game) et il faut un entourage investi et une menace d’abandon pour dévoiler un sentiment humain chez lui (3×02 : The Sign of Three). Chez l’américain, tout est plus sale, torturé, extrême et dangereux. Son don est vu comme une malédiction, la raison de son inadéquation sociale, ses errances affectives. Si le Sherlock anglais possède l’apparat d’une écriture fine, post-moderne, le yankee d’adoption verse dans le super-héroïque, école Alan Moore.

 

© 20th Century Fox Television

© 20th Century Fox Television

Les interprétations

Un médecin, un consultant pour la police en quête de revanche, Gregory House et Patrick Jane appartiennent tous les deux à la descendance holmessienne. David Shore ne cache pas ses influences quand lui a été donné l’idée de concevoir un médecin un peu détective (et un retour naturel des choses puisque Sir Arthur Conan Doyle était docteur). Sherlock tout désigné qu’il accompagne d’un Wilson (Watson) un peu résigné face à la misanthropie de son ami. House voit le monde comme un puzzle à assembler, une succession de mystère à résoudre et pour s’aider, fait de l’observation/déduction sa principale force. Rien n’est jamais anodin pour le médecin et la plus petite information est parfois extrêmement révélatrice. Son incapacité à croire en l’être humain (« everybody lies ») le pousse à le voir comme un objet, à déshumaniser son sujet pour une posture plus robotique (il y a une logique à tout).

Patrick Jane est une relecture plus fantasque, presque amusée. Son art de la déduction l’a poussé vers le charlatanisme en se faisant passer pour un médium. Derrière la fanfaronnade, il y a un esprit capable de comprendre le signe caché, d’interpréter des détails dans l’optique de lui signifier tout un monde personnel. Jane pousse l’exercice de la déduction à son paroxysme puisqu’il est capable de manipuler son entourage afin de l’amener à faire ce que le mentaliste souhaite révéler. Ce n’est plus uniquement le triomphe d’un intellect supérieur mais son détournement (parfois) ludique. Pour Jane, la vie est souvent un jeu. Un jeu qui lui aura coûté sa famille.

 

Sherlock Holmes est un personnage qui est entré dans l’inconscient collectif, s’est infusé chez des auteurs jusqu’à transparaître aujourd’hui dans de nombreux personnages. Les influences ou lectures abordées dans ce texte ne sont évidemment pas exhaustives, aussi, il conviendrait certainement d’en lister d’autres, plus ou moins éloignées du célèbre détective.

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