L’espion de César – T1. Memento Mori de Jean-Pierre Pécau et Fafner

L’espion de César – T1. Memento Mori de Jean-Pierre Pécau et Fafner

Note de l'auteur

Deux destins se lient pour un peplum qui préfigure la Guerre des Gaules. Celui de Cesar et celui de Coax, un gigantesque barbare. Deux trajectoires de vie qui poursuivent le même but : la vengeance. Dans cette aventures historique, tout est grand et dur, même si la taille n’a pas d’importance, nous serine-t-on. Place aux chevauchées tragiques et aux « combinazione » pour la gloire de Rome, bien sûr. Mais aussi et surtout celle de son soupirant le plus célèbre.

L’histoire : Coax, solide colosse gaulois, a eu la douleur de perdre son enfant lors d’un sacrifice humain. Depuis, il n’a de cesse de retrouver celui qui l’a perpétré. Au cours de ses pérégrinations, il rencontre Julius Caius Caesar qu’il vient même à kidnapper. Une façon de lier son destin à celui du pontifex maximus. Ce dernier le prendra sous son aile et il deviendra l’espion de César. Au point que l’apprenti dictateur exaucera même le vœu le plus cher de son barbare.

Mon avis : il est courant dans des séries débutantes que l’auteur prenne le temps d’installer ses personnages, de mettre en place son scénario et de dessiner les contours de son univers. Là, aucun temps mort. On rentre dans cette aventure historico-fictionnelle de plain-pied. A toute berzingue. Dès la deuxième page, on a assiste déjà à notre lot de crânes fracassés et de sternums concassés par des pilums. Bienvenue dans les prémices de la Guerre des Gaules. En -60 av JC, on ne s’embarrasse pas de diplomatie dans les tribus gauloises.

Ce tome originel va nous conduire jusqu’au lancement des vastes opérations de conquête des peuples et territoires gaulois par le proconsul, Cesar. Jean-Pierre Pécau adore s’appuyer sur des faits historiques pour nourrir et construire ses intrigues. Memento Mori ne fait pas exception à la règle. Son scénario est également bien servi par le rythme effréné qu’il a su insuffler. On a littéralement pas le temps de souffler et les petits flashbacks concourent davantage à pimenter le récit qu’à le ralentir.

Le trait de Fafner sert également le lancement de cette série. C’est un trait d’esthète, précis, pointu, affûté ; sharp comme aurait dit en son temps le King, Eric Cantona. Sur certaines planches, le cousinage avec les unes de Murena est évident. Avec son crayons, les hommes et les choses prennent de la hauteur.

C’est justement pour que les généraux n’aillent pas trop loin dans ce domaine qu’un esclave, placé juste derrière le triomphateur, ne cessait tout au long du défilé dans Rome de répéter à l’oreille de son maître Memento Mori. « Souviens-toi que tu va mourir » ou « Souviens-toi que tu es mortel » quand on ramène dans notre langue d’ancien gaulois réfractaire. Celui qui joue ce rôle pour que Cesar ne parte pas en cacahuète dans l’estime de soi est Coax, esclave d’abord puis espion, dans cette BD.

Un peu d’Histoire, un scénario franchement emballant et un dessin extrêmement percutant ? Le père Noël peut en mettre quelques exemplaires dans sa hotte.

Si vous aimez : Le prince de Niccolò di Bernardo dei Machiavelli, aka Machiavel dont Cesar fut un adepte bien avant l’heure et sans jamais le savoir.

En accompagnement : une rediffusion de Conan le barbare de John Millus pour le côté vendetta.

Autour de la BD : sur tous les fronts dès qu’il y a un petit bout d’Histoire à raconter, Pécau est fidèle à lui-même. Max von Fafner, si, si, c’est lui, a connu plusieurs univers (animation, jeu vidéo, design) avant de se lancer véritablement dans la bande dessinée. On lui doit des incursions dans Jour J et Carthago adventures ou Imperator. Fantastique et Histoire semblent le mener.

Extraits : « Divin Cesar, Janus à double face, j’avais donné ma parole ! »

« Mais pas moi et tu n’avais pas à la faire, tu n’étais que le messager. »

« C’est moi qui leur ai suggéré de partir! »

« Et tu avais raison, sinon les Germains les auraient mis en pièces. »

« Pourquoi Cesar, pourquoi ? »

« Pourquoi ? Mais pour Rome, Coax, pour que Rome comprenne que les barbares sont à nos portes et qu’il faut que nous soyons vivilants. »

« Et, au besoin, en massacrant tous ces gens ? »

« Ils étaient condamnés par les Germains, l’ombre de la mort était déjà sur eux. Nous n’avons fait que précipiter les choses mais c’étaient déjà des morts-vivants qui marchaient dans cette vallée. »

Écrit par Jean-Pierre Pécau
Dessiné par Fafner
Édité par Delcourt

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