MOVIE MINI REVIEW : critique de Victoria

MOVIE MINI REVIEW : critique de Victoria

Note de l'auteur

VICTORIA

 

 

 

Le film noir n’en finit plus de se réinventer de par le monde. Ces destins inextricables et mortifères de losers magnifiques qui sont le fondement même du polar. Comme un astre noir. De Mange tes morts en France à Hyena en Angleterre sans oublier l’américain Drive, une armée de réalisateurs s’est levée et s’est lancée dans des expérimentations formelles toujours passionnantes malgré des résultats aléatoires.
Direction Berlin. Victoria est une jeune espagnole un peu paumée et un peu beaucoup en mal d’amour. Au cours d’une nuit de folie technoïde dans une boîte glauque du sous-sol teuton, la belle ibère rencontre Sonne et ses potes. Après s’être liée d’amitié avec ces gentils losers, Victoria va s’embarquer malgré elle dans une tétanisante descente aux enfers en temps réel et dans un plan séquence interminable digne des folies de Cuarón pour Les Fils de l’homme et d’Iñárritu pour Birdman. C’est que cette histoire triste et banale, un pur fait divers, est un gigantesque plan unique. Un putain de tour de force. Un tourbillon visuel et sensoriel furieusement immersif. On colle aux basques de Victoria. On est entraîné avec elle dans cette course folle à la mort. Les fantômes de Gun Crazy, Bonnie & Clyde voire d’A bout de souffle rodent autour de Victoria. Une jeunesse marginalisée et sans avenir qui se libère d’un monde trop dur pour elle dans une anarchie sépulcrale et sacrificielle d’où explose une putain de fureur de vivre.
Sebastian Schipper et son cameraman Sturla Brandth Grøvlen nous offrent un spectacle oppressant, une ode furieuse à la jeunesse et à sa connerie suicidaire toujours aussi cinégénique.
Loin du gadget, cette performance technologique rarissime est systématiquement au service de l’histoire. La caméra reste discrète et modeste. Pour coller au plus près avec cette sensation d’urgence de la jeunesse contemporaine. Bon. Les quelques scènes superflues (la mise en place est un peu trop longue) ne pouvant pas être coupées, Victoria subit quelques sauts de rythme. Mais le résultat reste proprement étourdissant. On se demande en permanence comment ils ont réussi leur pari impossible. Victoria transcende totalement son concept de petit malin pour un résultat poignant, ultra-réaliste et profondément humain…

En salles depuis le 1er juillet
2015. Allemagne. Réalisé par Sebastian Schipper. Avec Laia Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski…

 


Victoria – Bande-annonce (VOST) par cinematon

 

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