MUSIC MINI REVIEW : OST BIRDMAN de Antonio Sanchez (Milan Records)

MUSIC MINI REVIEW : OST BIRDMAN de Antonio Sanchez (Milan Records)

Note de l'auteur

birdmanOn dit que le batteur est le meilleur ami du musicien. Cette blague, bien marrante du reste, on l’entend depuis déjà quelques décennies, Derrière elle se cache l’image que se font trop souvent les instrumentistes joueurs de mélodies de la personnes assise derrière ses fûts.

Mais voilà arriver le batteur de jazz mexicain Antonio Sanchez qui va nous prouver dans son travail pour le maintenant multi-oscarisé Birdman son talent de compositeur et d’improvisateur de génie.

Juste histoire de faire taire les mauvaises langues quoi.

L’homme est considéré par beaucoup comme l’un des drummers les plus doués de sa génération et joue depuis 2002 dans le groupe du guitariste star Pat Metheny.

Déjà moi je dis respect !

L’idée très originale du réalisateur Alejandro González Iñárritu était de faire en sorte que la batterie soit le seul élément qui accompagne ses personnages, les mouvements de caméra et traduise  à elle-seule l’atmosphère des différentes scènes du métrage.

Lors de la préparation du film, Antonio Sanchez a d’abord proposé des compositions bien spécifiques par personnage. La réaction du cinéaste fût sans appel : « C’est exactement l’opposé que je veux que tu fasses ».

C’est alors que l’aventure a réellement pu commencer. Elle s’est déroulée en deux phases.

Dans la première, il n’y avait que le script avec les deux artistes face à face dans un studio d’enregistrement. Sanchez jouait en scrutant Iñárritu qui les yeux fermés, s’imaginant une scène, levait la main pour signifier qu’une action se produisait. Le batteur pouvait faire évoluer son jeu en conséquence.

Antonio Sanchez

Antonio Sanchez

La deuxième phase s’est déroulée lorsque le montage de Birdman fût terminé.

C’est en effet à ce moment là que la bande originale a été enregistrée. Le jazzman s’est inspiré de son travail précédemment accompli lors des préparatifs pour créer la musique du film.

Le bien nommé Get Ready nous met directement dans le bain. On y entend le travail du percussionniste pour y instaurer de l’originalité. Les peaux sont désaccordées pendant qu’il joue et l’utilisation de différentes baguettes et objets de toutes sortes est expérimentée pour produire des sons originaux.

On entend très bien ce genre d’exercice de style dans Schyzo et les différentes textures qui en émergent.

Une autre manière de faire varier les sonorités fut de capter les prises en extérieur. Doors and Distance illustre bien cette technique et se permet même quelques folies en faisant évoluer la batterie dans l’espace stéréo avec des changements d’ambiance parfois abrupts.

Antonio Sanchez se permet parfois de rejouer sur des parties déjà enregistrées (ça s’appelle overdub ou re-recording) comme dans Internal War  qui nous donne l’impression que plusieurs personnes sont de la partie.

The Anxious Battle for Sanity termine cette bande originale par un vrai morceau de bravoure qui laisse le compositeur s’exprimer pensant presque sept minutes. On a affaire à un virtuose, c’est clair !

Ce Birdman va devenir le disque de chevet de bon nombre de batteurs de tout poil et autres amoureux de jazz. Cela ne fait aucun doute. Le travail expérimental accompli ici pourra par contre laisser de marbre un grand nombre d’auditeurs peu habitués à ce style. Mais c’est par contre devant le film qu’ils se laisseront emporter à coup sûr et sans même s’en rendre compte.

Une réussite.

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