On a lu…Transmetropolitan – Année 3 de Warren Ellis et Darik Robertson

On a lu…Transmetropolitan – Année 3 de Warren Ellis et Darik Robertson

Note de l'auteur

9782365774406-couv-M200x327La plume est plus forte que l’épée ! Armé de son talent et de sa verve, le chevalier journaliste Spider Jerusalem nous démontre encore une fois le pouvoir de l’écrit face à tout ce que la société comporte de plus pourri.

 

La Ville, antre de perdition et de fourmillements perpétuels, s’avère pour certains un lieu de solitude intraitable. Surtout pour un journaliste tel que Spider Jerusalem, vénéré autant qu’il peut être méprisé. Mais bien sûr, face à la récente élection du Sourire à la tête du pays, ses états d’âmes sont le cadet de ses soucis. Dans une société décérébrée où tout peut être acheté, volé et produit en masse, la Vérité est une denrée rare. Spider est pourtant bien déterminé à la maintenir sur le marché, et ce quel qu’en soit le prix.

 

 

de2ef0d5df838ac908d0effba1a9f459Après un premier tome où Warren Ellis effectuait sa mue dans la hargne, l’alcool, le vice et le stupre ; après un deuxième volume où Spider Jerusalem entamait un duel terrible avec le futur président des États-Unis, voici qu’arrive la suite compilant la troisième année d’une des séries les plus terribles du catalogue Vertigo. Nous avions laissé nos héros journalistes assez dépités face à l’élection du Sourire et c’est peu dire que les premiers épisodes ressemblent fortement à une gueule de bois monumentale suite à une cuite apocalyptique.

 

Bien qu’habitué par certains épisodes où Ellis, soutenu par le travail graphique de Darik Robertson, semble mettre en pause son récit pour disserter sur son monde avec une verve incomparable, il faut bien admettre que les premiers épisodes de ce volume constituent une somme de réflexions intéressantes, passionnantes mais qui peuvent aussi être sacrément indigestes pour peu qu’on enchaîne les épisodes les uns après les autres¹. Face à la victoire de son redoutable adversaire, Spider Jerusalem semble connaître un gros passage à vide. Devenu une image que tous détournent à des fins lucratives, il traîne sa dépression dans la Ville et ressemble plus à une bête sur le point de mourir qu’a un grand journaliste prêt à se battre pour la vérité. Dans ces premières pages, Ellis semble régler ses comptes avec la popularité même de sa série qui pourrait facilement pervertir les messages qu’il aimerait faire passer. À ce titre le trente-et-unième épisode dans lequel plusieurs artistes invités tels que Bryan Hitch ou Frank Quitely s’amusent à parodier la série est une belle mise en abîme de celle-ci.

 

Cartoon-001Mais c’est quand il est blessé que l’animal est le plus dangereux. Vaincu provisoirement mais pas mort, Spider Jerusalem revient plus fort et plus convaincu que jamais. Ce qui nous tue pas, nous rend plus fort disait Friedrich Nietzsche (qui ne connaissait pas ma belle-mère pour pouvoir dire cela) et après l’errance, le journaliste dépravé est de nouveau dans la place. Ce troisième volume va ainsi s’articuler autour de deux arcs dans lesquels nos héros vont faire face au racisme, à la violence policière, à la pédophilie, le mensonge et les magouilles politiques. Rien de bien nouveau en somme mais bien qu’il n’apparaisse qu’une seule fois, le Sourire reste l’antagoniste principal de la série. Prêt à écraser Spider Jerusalem, il va user de son pouvoir pour tenter de le faire taire.

 

Et c’est là où l’ingéniosité d’Ellis nous apparaît. Bien plus qu’une tentative de rebondir après un échec, les premiers épisodes de ce volume deviennent l’expression d’un mal-être beaucoup plus profond provoqué par un statut paradoxal et intenable. Guidé par la recherche et l’expression de la vérité quelque qu’elle puisse être, Spider Jerusalem est devenu à son insu un élément du système qu’il tente de dénoncer. Sa lutte contre le Sourire va être l’occasion d’arriver à une extrémité telle qu’elle ne peut que lui convenir au final tant elle lui permet de poser un étron bien moulé sur le statut et l’image dans laquelle les gens voulaient l’enfermer.

 

Tome de transition, tome de destruction, tome de résurrection, ces nouvelles aventures de Transmetropolitan sont encore un véritable régal pour les yeux et le cerveau. Maintenant qu’il a retrouvé une liberté quasi-totale, on est curieux de voir ce que va en faire le plus grand journaliste de la Ville.

 

 

 

Transmetropolitan – Année 3 (Vertigo Essentiels, Urban Comics, Vertigo) comprend les épisodes US de Transmetropolitan #25 à #36

Ecrit par Warren Ellis

Dessiné par Darik Robertson ainsi que Kieron Dwyer, Lea Hernandez, Bryan Hitch, Frank Quitely et Eduardo Risso (#31)

Prix : 22,5 €

 

 

¹ Ce qui, à la manière du binge-watching, peut sacrément modifier la perception d’une série.

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