On a lu…Paul Dini présente Batman – Tome 1 : La mort en cette cité

On a lu…Paul Dini présente Batman – Tome 1 : La mort en cette cité

Note de l'auteur
Paul Fini présente Batman

Paul Fini présente Batman

Ce mois-ci Urban Comics accueille un nouvel auteur au sein de sa collection DC Signatures. Après Grant Morrison, Geoff Johns et Ed Brubaker, le lecteur est invité à découvrir le travail de Paul Dini sur le personnage de Batman. Connu pour ses travaux dans l’animation télévisuelle, le scénariste va ici explorer un aspect important du héros de Gotham.

 

Pour les petits et grands enfants des années 90, la série animée Batman représente un pan non négligeable de leur culture populaire. Diffusée à partir de 1992, elle fut,  avec le film Batman de Tim Burton, une porte d’entrée formidable dans l’univers du chevalier noir de Gotham. Au même titre que la série live des années 60 (si, si), Batman The Animated Serie marqua profondément les esprits par son visuel et la relecture des personnages. Si Bruce Timm est un des créateurs de la série (et des autres qui suivirent), un autre auteur marqua de sa patte les histoires de la chauve souris.

 

Paul Dini

Paul Dini

Né en 1957, Paul Dini écrivit ses premiers scénarios importants au début des années 80 pour des séries telles que Musclor, Les Ewoks, Jem et les Hologrammes ou bien encore Transformers. En 1989 il rejoignit les studios Warner et participa à l’aventure Tiny Toons, série à laquelle collabora également Bruce Timm en tant que concepteur des story-boards. Devenu scénariste de Batman TAS, Paul Dini est le responsable d’épisodes mythiques tel que Amour on Ice (la modernisation poétique et tragique du personnage de Mr Freeze), The Man Who Killed Batman ou bien encore Almost Got’ Im. Ces deux derniers épisodes démontrent par ailleurs bien la capacité de Dini à créer une atmosphère particulière et à écrire des histoires où le super-héros est au second plan tout en restant au centre des enjeux. Paul Dini c’est aussi et bien sur le créateur (avec Bruce Timm) du personnage d’Harley Quinn dont la folie, l’humour et la menace en font la représentante parfaite du style de l’auteur. Si on le retrouve par la suite sur les autres séries animées de DC (que ce soit Superman TAS, JLA/JLU ou Batman Beyond), les lecteurs de comics peuvent apprécier son style sur The World’s Greatest Super-Heroes (un graphic novel illustré par Alex Ross) ou bien encore sur des comic-books inspirés par Batman TAS. En 2006, Paul Dini passe à la vitesse supérieur en prenant en charge la série mythique de la chauve-souris : Detective Comics.

 

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Detectives Comics #821

On ne sait pas qui chantait pour la première fois cette année-là mais ce qu’on sait par contre c’est que l’univers de Batman connaissait de gros changements. Nous sommes dans l’après Infinite Crisis (dont Urban ré-édite les épisodes actuellement, le deuxième tome arrivant au mois de février) et suite aux événements tragiques de cette grande saga, Batman a entrepris un pèlerinage à travers le monde afin de se retrouver. Le retour à Gotham se fera en septembre 2006 au niveau éditorial. Bien décidé à frapper un grand coup, DC Comics confie le destin du chevalier noir à l’un des scénaristes les plus en vue : Grant Morrison. Celui-ci va abattre un travail de titan en synthétisant presque 70 ans d’aventures pour mieux en ressortir la moelle et faire aller de l’avant le personnage. Bien conscient de l’audace de l’auteur écossais, les éditeurs Michael Siglain et Peter Tomasi (ce même Tomasi qui signera quelques années plus tard l’excellente série Batman & Robin) vont le faire collaborer avec Paul Dini dont l’approche en apparence plus classique permettra de mettre en valeur la refonte du personnage tout en proposant d’excellentes histoires.

 

Detective_Comics_831A première vue, on pourrait penser que Detective Comics se construit en opposition à la série Batman. Là, où cette dernière construit une multitude d’intrigues s’interconnectant et courant sur plusieurs numéros, Detective Comics va proposer (du moins pendant sa première année) une formule simple et qui a fait ses preuves : un épisode = une histoire. En reproduisant un schéma narratif qu’il connait bien pour l’avoir appliqué à la télévision, Paul Dini va s’attacher à offrir un titre solide qui sera à la fois le pendant de celui de Morrison mais également une véritable ode à Batman, sa faune et sa flore tel qu’il les conçoit. A ce titre son premier épisode, Les Belles Gens (Detectives Comics #821), est un parfait manifeste de son approche. Mise en valeur par les dessins du fabuleux J.H. Williams III, il remet sur le devant de la scène Bruce Wayne (se conformant ainsi au souhait de Morrison) et construit une atmosphère qui sera la marque de son run.

 

 

 

 

 

tumblr_nay694o2SL1t6w2tdo1_500Plus que le super-héros, ce qui va faire le sel de Detective Comics sera son ambiance. Très proche du polar et du film noir, elle va mettre en évidence des personnages de la haute-société aussi criminels que les freaks habituels. En cohérence avec le titre de la série, c’est les talents de détective de Batman qui sont mise en valeur dans la série. A ce titre l’une des brillantes idées de Paul Dini se trouve dans la rivalité qui va se construire entre Batman et un Edward Nigma (alias le Sphinx) sortie guéri d’Arkham et désirant devenir détective privé. A la fois drôles et passionnantes, les histoires les mettant en scènes participent à la qualité de l’ouvrage. Ce n’est pas un mystère, Paul Dini aime les méchants, il est donc peu étonnant de le voir s’amuser avec le Sphinx, le Joker, le Pingouin, Scarface et, bien entendu, Harley Quiin. L’arlequin psychopathe deviendra elle aussi un des personnages secondaires très présent dans les différents épisodes. Avec le personnage de Nigma, elle contribue à rendre floues les frontières entre gentils et méchants. On s’étonne ainsi à prendre autant (si ce n’est plus) de plaisir à une histoire centrée uniquement sur elle et le Sphinx et où la chauve-souris est relativement absente.

 

dc_06Dans la continuité du travail de Morrison, Dini va s’attaquer à ce qu’il y a derrière le masque, à questionner son symbole et à jouer avec les faux-semblants. Les deux scénaristes cultivant un goût certain pour la magie (Dini est d’ailleurs mariée à une magicienne), il n’est pas étonnant que la série s’amuse de nous et joue sur nos illusions et nos perceptions. De façon plus concrète encore, le duo, durant deux épisodes, formé par Batman et Zatanna illustrera bien l’amour à la magie de Paul Dini. Cette aventure sera également l’occasion pour Batman de clôturer les rancœurs et les affaires liées à Identity Crisis. Car si le run de Dini peut se lire de manière totalement indépendante, il n’en reste pas moins qu’elle fait partie d’un vaste univers. Marque des bons scénaristes, Dini sait utiliser l’univers partagé et la continuité sans que cela pénalise le lecteur qui n’est pas au courant des histoires passées.

 

Retour aux sources salvateur qui passe par la simplicité d’une structure parfaitement maîtrisée, Paul Dini présente Batman est un excellent premier tome qui met en lumière un run peu connu. Rappelant par certains cotés (les multiples associations, la mise en avant du détective, les histoires bouclées en un épisode) les The Brave and the Bold de Jim Aparo, les débuts du run de Paul Dini sont un vrai régal dont on attend vivement la suite.

 

 

 

Paul Dini présente Batman – Tome 1 : La mort en cette cité (DC Signatures, Urban Comics, DC Comics) comprend les épisodes US de Detectice Comics #821 à #824, #826 à #828, #831, #833-#834 et #837.

Ecrit par Paul Dini

Dessiné par J.H. Williams III (#821), Joe Benitez (823) et Don Kramer (#822, #824, #826 à #828, #831, #833-#834 et #837)

Prix : 22,50 €

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