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PAPIER A MUSIQUE : PSYCHOTIC REACTIONS & AUTRES CARBURATEURS FLINGUES

PAPIER A MUSIQUE : PSYCHOTIC REACTIONS & AUTRES CARBURATEURS FLINGUES

Bangs - coverUn titre complètement barré. Une photo d’un individu qui porte un t-shirt Ramones bien avant la H&Misation des faux-frères Ramones. Voilà déjà deux bonnes raisons d’investir dans Psychotic Reactions & Autres Carburateurs Flingués, sur la seule foi donc de la couverture retenue pour l’édition 2013 de ce sommet de la littérature gonzo. L’individu en question, qui ressemble davantage à un routier qu’à un hipster dans son t-shirt Ramones, c’est l’auteur : Lester Bangs. Et il mérite bien de figurer en couverture de son livre. Car il se raconte et se met tout autant en scène, qu’il n’écrit sur les Stooges, Lou Reed ou le racisme de la scène new-wave américaine. Combien sont-ils de journalistes rock à avoir fait l’objet d’une biographie (Lester Bangs, megatonnique rock critic de Jim de Rogatis) et avoir été incarné sur grand écran (par Philip Seymour Hoffman dans Presque Célèbre).

Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués regroupe des articles et des notes rédigés par Lester Bangs de 1971 jusqu’à sa mort en 1982. Cet Américain, élevé par des parents témoins de Jéhovah, alcoolique notoire, écrit d’abord dans Rolling Stone, dont il est viré pour s’être attaqué à Canned Heat. On retrouve encore sa signature dans Creem et le Village Voice. Des articles épiques, foutraques, délirants, truffés de digressions et d’avis péremptoires sur le rock et les musiciens, où rien ne compte si ce n’est pas pas dûment exagéré, débattu des paragraphes entiers. Des articles drôles souvent. Epuisants parfois. Et en matière de rock, Lester Bangs savait choisir ses sujets : Richard Hell, Lou Reed, Iggy Pop,Kraftwerk, PIL…

Le titre du recueil emprunte à un article paru en juin 1971, dans Creem : Psychotic Reaction and Carburator Dung en VO. Lester Bangs se lance dans un numéro de haute voltige. Il attaque sur les Yarbirds pour arriver des pages plus loin au point essentiel : le Count Five, « ces imitations juvéniles et bidons des Yarbirds« . Ou comment balancer les pires vacheries sur un groupe et un morceau pour mieux le porter au pinacle. Le morceau ? Psychotic Reaction, incontournable hymne garage qui justifie à lui seul l’achat du premier volume de la compilation Nuggets. Mais je m’égare à mon tour. « Ce titre était un pur jus de cabanon niaiseux (…) si agressivement médiocre« , s’emporte Lester Bangs avant d’en venir à l’acquisition du disque, qui se transforme en une véritable épopée sous sa plume. « J’ai essayé plus d’une fois d’acheter Psychotic Reaction – j’allais à l’Unimart défoncé à l’herbe, à la noix de muscade, à la vodka, au Romilar, ou sortant l’oeil vitreux de dix heures dexédrinées à bosser des problèmes de géométrie (…) J’essayais tous les trucs pour affaiblir ma résistance, mais rien ne marchait (…) Pour finir, j’ai donc eu le courage de ma folie et j’ai acheté le Count Five. »

Bangs

Pas de tout repos la vie de critique rock…

Le premier chapitre donne le ton. Lester Bangs décélère à peine les 500 pages suivantes, lancé à fond dans ses obsessions, au premier rang desquels se classent le Velvet Underground et Lou Reed. L’article Louons Maintenant les Célèbres Nains Mortifères ou Comment Je Me Suis Castagné avec Lou Sans M’Endormir Une Seule Fois, paru en 1975, dans Creem, est entré à ce titre dans la légende. Lester Bangs y retranscrit sa rencontre avec l’irascible chanteur du Velvet qui tourne à la joute verbale entre le journaliste ivre et un Lou Reed qu’il suppose défoncé. Lester Bangs n’épargne pas son héros, « pousse-au-crime qui exploite le nihilisme débile d’une génération seventies qui n’a même pas le courage de se suicider« . Et d’enfoncer le clou dans la carrière solo de l’ex-protégé de Warhol : « Lou Reed est le type qui a donné poésie, dignité et rock’n’roll au smack, au speed, à l’homosexualité, au sado-masochisme, au meurtre, à la misogynie, à la passivité alcoolisée et au suicide, avant de se renier en replongeant dans le bourbier pour transformer tout ça en plaisanterie de mauvais goût dont il serait lui-même l’objet (…) » S’ensuit une description de l’entourage du chanteur, « entouré de ses cohortes, de ses roadies et de ses sycophantes, ainsi que d’une chose étrange, plus ou moins féminine » et un jeu vachard de questions-réponses et d’insultes, entrecoupé de diverses considérations sur les drogues, David Bowie ou encore le sens des chansons de Lou Reed.

Philip Symour Hoffman a incarné Lester Bangs dans "Presque célèbre"

Philip Symour Hoffman a incarné Lester Bangs dans « Presque célèbre »

Lester Bangs ne se réduit pas à son style fleuve et à la mise en scène de son personnage. Les mauvaises copies n’ont retenu que cela. Lester Bangs, c’est aussi l’art de glisser des informations dans un flot de considérations diverses et variées, un certain talent pour décrire une chanson, un album et son impact. Il a ses contradictions, mais fait preuve d’une large curiosité pour la musique qui ne s’arrête pas au rock traditionnel, ni même à ceux qui le dynamitent. L’auteur survolté de Psychotic Reactions & autres carburateurs flingués convoque aux côtés de Lou Reed et Iggy Pop, des figures du jazz comme Coltrane ou Mingus. Lester Bangs, c’est quand même le type qui vous donne envie de réécouter en boucle vos disques du Velvet Underground et d’acheter The Black Saint and the Sinner Lady de Charles Mingus. Et rien que pour ça, il  mérite notre reconnaissance éternelle.

 

Lester Bangs, Psychotic reactions et autres carburateurs flingués, éditions Tristam.

 

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