Papillon : pas de lumière mais un peu d’espoir

Papillon : pas de lumière mais un peu d’espoir

Note de l'auteur

Dans les années 1930, Henri Charrière alias Papillon (Charlie Hunnam) est un membre d’un gang parisien, spécialiste des cambriolages et un tantinet volage avec les filles du patron. Celui-ci n’étant pas vraiment partageur, aussi bien sur le butin que sur son harem, il s’arrange pour faire accuser Papillon d’un meurtre qu’il n’a pas commis et afin qu’il soit envoyé en Guyane française, dans le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni. Il y rencontre Louis Delga (Rami Malek), un millionnaire emprisonné pour des histoires d’argent. Les deux vont s’associer pour tenter une évasion et repartir en France.

Si le film Papillon vous dit quelque chose, c’est bien normal : Papillon version 2018 est un énième remake du film éponyme de 1973, réalisé par Franklin Schaffner (La Planète des singes, c’est lui) avec comme brochette d’acteurs rien de moins que Steve McQueen et Dustin Hoffman. Pour cette nouvelle version, Michael Noer, réalisateur danois habitué aux films d’époques, reprend la trame du livre autobiographique d’origine. Premier élément qui frappe : pour un film mettant en scène des Français, pas un seul mot dans la langue de Molière n’est prononcé durant le film. Quand le cinéma moderne chercher à apporter une touche de cohérence en respectant la barrière des langues, il est surprenant de voir ce choix facile pour, probablement, conditionner un public américain moyennement adepte des langues étrangères. Certes, on échappe à l’acteur américain tentant d’imiter l’accent français, et il faut reconnaître qu’on s’y fait une fois la surprise passée.

Si les remakes ont une telle mauvaise image, c’est sur cette propension des studios à vouloir faire recette facilement en sortant des classiques du placard. Votre humble serviteur n’ayant pas vu le film original, la critique sera celle de quelqu’un découvrant l’histoire pour la première fois, et donc les comparaisons seront difficiles. Une histoire d’évasion qui apparaît somme toute classique, mais qui parvient à tirer son épingle du jeu sur le lien qui unit Papillon et Delga, deux hommes de milieux différents, deux caractères radicalement opposés qui vont finalement se compléter au fil du temps. Le film se concentre sur cette amitié, malmenée par un rythme haché qui jongle entre scènes intimes trop courtes et des séquences purement fonctionnelles faisant avancer l’intrigue. Heureusement, le casting est au poil. Rami Malek est excellent en Louis Delga, chétif et frêle comme il faut pour camper le personnage, et Charlie Hunnam ne fait que confirmer son talent, déjà largement apprécié dans The Lost City of Z. On est loin du temps de Pacific Rim, et l’acteur confirme qu’il a tout à fait sa place.

Une belle photographie, un duo d’acteurs au top, une musique signée David Buckley qui parvient à accompagner efficacement l’action sans être incroyable : Papillon a tous les atouts d’un grand film. Pourtant, c’est un découpage étrange et une structure bancale qui empêchent le spectateur de réellement s’investir avec les personnages. Que ce soit le passage dans le bateau au début du film, la séquence de l’isolement, ou encore la dernière ligne droite expédiée en dix minutes, Papillon donne la sensation d’effleurer à chaque fois ce qui pourrait le pousser plus haut. Les rares scènes d’action sont bien ficelées et quelques moments de silence touchent juste lorsqu’il faut s’attarder sur Papillon, grâce à un Charlie Hunnam vraiment investi dans son rôle. Mais il y a des vides inexplicables, des raccourcis très nets, coupant court à des scènes qui auraient pu être fortes. Il suffit de regarder la bande-annonce et de comparer pour se rendre compte que beaucoup de séquences ont été coupées ou ont simplement disparu, notamment des séquences hallucinatoires certainement bienvenues dans le film.

On arrive sur le générique de fin, presque frustré de ne pas avoir une demi-heure supplémentaire, qui n’aurait pas été de trop pour pousser cette recherche de liberté dans lequel s’abandonne le personnage de Papillon. Un misfit intégral, un bandit au grand cœur, qui trouve avec Delga une vraie complicité mais qui n’atteint jamais le niveau qu’elle aurait dû avoir. Producteurs trop frileux, réalisateur pas suffisamment confiant, on ne sait pas trop mais le film est totalement passé sous les radars. Pourtant, il y a là un vrai potentiel de faire mentir les aigris du remake en proposant une version qui sied plus au spectateur d’aujourd’hui. Mais en l’état, Papillon n’est qu’une promesse agréable et joliment empaquetée, mais dont le charcutage est visible à tous les niveaux, empêchant le film d’embrasser totalement cette belle histoire d’amitié masculine. Espérons une director’s cut mais on n’y croit pas trop.

Papillon
Réalisé par Michael Noer
Avec Charlie Hunnam, Rami Malek…
Sortie le 15 août 2018

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