Pause sur Gotham (/1×07)

Pause sur Gotham (/1×07)

588477.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxL’espoir. Pour les habitants de Gotham, c’est devenu une notion abstraite. Presque une illusion. Pour le téléspectateur, le sentiment est similaire. Et tous deux semblent animer de frustration. De vivre ou voir une ville/série avec un si fort potentiel sombrer vers un résultat si décevant.

Il y a des séries qui portent le nom de leur personnage principal comme Luther ou House. Un choix qui n’est pas innocent tant ces figures tutélaires aspirent littéralement le monde de la série. Par association d’idées, on pourrait penser que le protagoniste principal de Gotham est la ville elle-même. S’il est une cité capable d’une telle personnification, c’est bien elle. Mais l’univers de Gotham est implexe et protéiforme à cause d’une mythologie lourde. Et la série de se débattre entre assumer son premier rôle et se dissoudre dans un schéma plus vaste où sa présence est un élément parmi d’autres.

599825.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxGotham est corrumpue. La série comme la ville. Déchirée entre deux natures (la mythologie liée au « Batverse » et le récit mafieux), le show doit disposer avec des composants insolubles. Et cette bataille, tout comme celle de la ville contre la gangrène criminelle, si elle n’est pas perdue d’avance, semble bien mal engagée. Lancée sur une mer étendue aux récifs nombreux et écorchés, il manque un capitaine à la barre, capable de naviguer. Pour schématiser : Bruno Heller n’est pas Batman. Sans ce dernier, la ville a toutes les peines du monde à sortir la tête de l’eau, le résultat est identique pour la série.

Gotham est duelle. La richesse excessive contre l’extrême pauvreté ; les valeurs d’une poignée de policiers intègres contre la mafia ; le polar hard boiled contre l’avènement super-héroïque ; une exigence artistique contre des besoins mercantiles ; Gotham Central contre Detective Comics ; Jim Gordon et Harvey Bullock ; Oswald Cobblepot et Carmine Falcone… Avec ou contre, la série fonctionne par paires successives. Mais au lieu de complémentarité, il faudrait parler de désunion. Ce n’est plus diviser pour mieux régner mais pour mieux s’éparpiller.

592140.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxSérie nulle, balle au centre. Quand Gotham cherche l’ubiquité ou être Janus, elle se perd dans un ensemble brouillon. Si l’on dégrossit chaque épisode pour ne conserver que la substantifique moelle, se découvre une nouvelle facette : la relecture façon comics du récit mafieux, autrement dit, imaginez le Pingouin chez les Sopranos. L’alcidé ambitieux aurait dû être le visage principal de la série (c’est presque le cas mais davantage par la force que par l’idée), le récit, son avènement : la prise de Gotham. Faire de Cobblepot le soleil autour duquel gravite les autres planètes. Remiser les figures principales de Batman au placard, n’en conserver que l’essentiel. Gordon et Bullock en personnages secondaires, Montoya monte en grade, mélanger les comics Gotham Central avec davantage de mythologique du chiroptère masqué et le résultat devient bien plus équilibré. Visitez Gotham par la mafia plutôt que les monsters of the week ou easter eggs, c’est rendre toute la complexité d’une ville malade sans la charge du mythe super-héroïque.

Vendre Gotham sans Batman, est ce économiquement viable ? A priori, non. Mais quand DC/Warner choisissent de séparer son univers télévisuel et cinématographique, quand les oeuvres s’éparpillent sur différentes chaînes (Fox pour Gotham, CW pour Arrow et The Flash qui partagent un univers commun), la réponse devient moins évidente. La solution la plus simple (vendre Gotham avec Batman) n’est pas toujours la meilleure.

 

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