PIFFF 2014 : R100, de Hitoshi Matsumoto

PIFFF 2014 : R100, de Hitoshi Matsumoto

Note de l'auteur

R100afficheLe titre du nouveau film de l’inclassable Hitoshi Matsumoto fait référence au système de classification des films. Autrement dit R100 signifie “interdit au moins de 100 ans”… tellement c’est chaud ! Sans doute la raison pour laquelle les programmateurs du PIFFF ont décidé de le proposer en “séance interdite”…

 

Hitoshi Matsumoto est un génie ! Les règles de dramaturgie, il n’en à rien à secouer. Son genre de prédilection c’est la comédie conceptuelle, et ses récits qui relèvent du high concept fonctionnent selon un principe de révolution, de boucle en translation, comme une répétition qui à chaque tour s’augmente d’une valeur comique mais également métaphysique. Une sorte de spirale spirituelle si vous voulez, qui vous entraîne toujours en terrain inconnu. Bref, c’est pas évident à raconter, il faut le voir pour le croire. Pour l’instant seul le troisième long métrage de MatsumotoSaya Zamurai (2010), a eu droit à une sortie dans nos salles. Il est édité par Urban Distribution dans un coffret DVD avec ses deux précédents films : Big Man Japan (Dai-Nihonjin, 2007), superbe kaiju eiga pétri d’humour mélancolique – il y a toujours une touche de mélancolie chez Matsumoto – et surtout Symbol (Shinboru, 2009), chef d’œuvre absolu dont je me garderai bien de vous raconter l’histoire parce que j’en suis tout simplement incapable. R100, son quatrième film, risque d’être un DTV, le distributeur Le Pacte hésitant à miser sur un grand écran qui fait pourtant honneur à l’ampleur visuelle et sonore du cinéaste. En attendant, mille mercis au PIFFF de nous avoir permis de le découvrir dans ces conditions !

R100pic1R100 raconte l’histoire d’un modeste employé, un des ces salary men qu’Ozu imbibait de saké et que Tsukamoto métamorphosait en machine lubrique. Ce brave et dévoué père de famille à l’existence plutôt triste, qui se rend quotidiennement au chevet de son épouse dans le coma et tente d’élever au mieux son fiston chéri, aime être sexuellement dominé par les femmes. Il décide de franchir le pas et de vivre ses fantasmes en s’inscrivant dans un mystérieux club SM qui propose des sessions de domination des plus inattendues. Tellement inattendues qu’elles en deviennent vite envahissantes, et si lors des premières séances l’extase se lit sur le visage de notre petit masochiste, c’est bientôt la panique qui le guette. Il faut dire qu’il est véritablement harcelé par une bande de dominatrices aux surnoms évocateurs (la Reine de la Gloutonnerie, la Reine des Crachats…) qui n’hésitent pas à l’attendre au bureau, chez lui ou dans la chambre d’hôpital de madame pour lui passer le savon qu’il mérite.

R100pic2Si son impact est un poil en dessous de l’émerveillement suscité par Symbol, R100 vaut largement le détour pour tous les familiers de l’œuvre du cinéaste, et pour tous les autres aussi. Existentielle et loufoque – à l’instar de Kitano, Matsumoto a d’abord été acteur de manzai – avec deux doigts de réflexivité sur la pulsion scopique qui anime chaque spectateur, R100 est la comédie la plus déconcertante, extravagante et réussie de ces dernières années, voire plus. Matsumoto est un génie, je vous dis !

 

Japon. 2013. 1h40.

Réalisé par Hitoshi Matsumoto. Avec Nao Omori, Mao Daichi, Lyndsay Kay Hayward

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