PIFFF 2014 : Time Lapse de Bradley King

PIFFF 2014 : Time Lapse de Bradley King

Time+Lapse+2014+movie+posterLa compétition de cette quatrième édition du PIFFF a démarré pépère mercredi avec Time Lapse, premier long-métrage du réalisateur américain Bradley King. Pour cette exploration d’un thème propre à torturer le bulbe, à savoir le paradoxe temporel, on a deux avis de Martiens pour le prix d’un. Ray Fernandez, qui le trouve « maîtrisé mais inabouti », et Thibaud Smithee, qui insiste sur l’aspect prometteur de ce début de carrière.

 L’avis de Ray Fernandez

S’il faut laisser le temps au temps, c’est sans doute parce qu’il n’aime pas être dérangé. Trois colocataires vont l’apprendre à leurs dépens en découvrant chez un voisin mystérieusement disparu une machine capable de prendre des photos avec 24 heures d’avance sur les événements et, donc, de prédire l’avenir. Appât du gain, rivalités et jalousies vont dès lors exacerber les tensions naissantes entre les trois amis qui se mettent à tordre imprudemment un ruban de Möbius temporel prêt à méchamment leur revenir en pleine gueule. Si le tout premier plan de Time Lapse convoque Vertigo comme la figure centrale et motrice d’un film ou les personnages vont passer leur temps à adapter la réalité à une image – les fameuses photos – c’est du côté de l’autre grand classique d’Hitchcock Fenêtre sur cour que le dispositif tout entier repose habilement, permettant à son réalisateur d’assumer un budget que l’on imagine serré. A ces sages références institutionnelles se substitue pourtant très vite le remarquable Primer de Shane Carruth, où le scénario faisait preuve d’une habilité supérieure en concentrant toute son action autour d’un concept enivrant.

TimeLapse picS’il faut laisser du temps en temps, là pour le coup Bradley King et son coscénariste B.P. Cooper ne font pas les choses à moitié ! Certes le rythme métronomique d’une mise en scène au cordeau permet d’avancer à peu près clairement dans un scénario qui devient assez épais. L’ensemble manque pourtant cruellement de relief tant, à force de vouloir ménager pas à pas ses effets, il ressemble à une succession de nœuds dramatiques et de retournements de situations qui finissent par tous se valoir. Dommage qu’en respectant ainsi le programme aguicheur qu’il s’était d’emblée défini, Time Lapse lasse à force de tourner en rond, et de faire tourner le spectateur en bourrique dans un dernier acte trop Petits meurtres entre amis pour être honnête, c’est à dire chercher autre chose qu’une porte de sortie. On est dès lors très très loin de l’apocalypse minimaliste d’un Primer.

La note de Ray Fernandez : 2/5.

L’avis de Thibaud Smithee

Trois amis découvrent dans l’appartement situé en face du leur une machine photographique spectaculaire capable de prendre des clichés du lendemain.

TimeLapse_Still02-copyRéalisé par Bradley King bien aidé par son compère BP Cooper, pour qui c’est le premier long-métrage, Time Lapse part d’entrée sur des bases modestes : peu de personnages, peu de lieux, et une facture visuelle sans fioritures. Ce qui ne l’empêche pas de tisser une trame narrative basée sur la question du voyage dans le temps, avec la rigueur que cela impose. Beaucoup ont essayé, beaucoup se sont brisés les dents. Time Lapse n’est pas de ceux-là.

Son choix d’une histoire simple et de personnages solides, malgré une base fantastique trouble, impliquant tous les pièges qu’impliquent la question du voyage temporel, l’empêche de se prendre trop au sérieux, et de sombrer dans une ambition trop grosse pour lui. L’histoire reste à porter de spectateur, et délivre sa dose de questionnements, distillant un fantastique doux à la manière d’un épisode de La Quatrième Dimension de Rod Serling. On pourra regretter quelques rapports de force stéréotypés, mais le film doit son salut à ne jamais trop perdre ses personnages de vue, gardant son minimum d’attache émotionnelle intact.

Avec Time Lapse, on a pas de thunes, mais on a des idées ! Ainsi, le parti pris de mise en scène flirte tantôt avec son sujet fantastique, tantôt avec un minimalisme pur, volontairement inspiré du troublant Primer de Shane Carruth, sorti en 2004. Le film n’a pas l’audace visuelle de Carruth, mais ne déplaît pas à l’œil, et même si il s’abandonne, comme il a été dit, à certains ressorts narratifs bien rouillés et lassants, ce premier long-métrage nous laisse sur une bonne impression, avec plein de promesses pour la suite.

Un film modeste donc autant dans la forme que dans son histoire, mais qui apparaît comme une bonne petite surprise. Une sensation décidément récurrente et rafraîchissante au Paris International Fantastic Film Festival. Ce départ prometteur est donc de bonne augure pour la suite du festival !

La note de Thibaud Smithee : 3,5/5. 

USA. 2014. 1h45. Réalisé par Bradley King. Avec Danielle Panabaker, Matt O’Leary, George Finn


Time Lapse (2014) – Theatrical Trailer par pifff

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