Re-Anime: Eve no Jikan (de Yasuhiro Yoshiura)

Re-Anime: Eve no Jikan (de Yasuhiro Yoshiura)

Note de l'auteur

Eve_no_JikanEve no Jikan est une nouvelle variation S.F autour des fameuses lois de la robotique, édictées par Isaac Asimov. Le manga et la japanim’ regorgent d’œuvres traitant des relations entre l’homme et la machine mais peu sont parvenues à le faire avec autant de justesse. Avant les amoures impossibles de Patéma et le monde inversé (review du Dr No, ici), Yasuhiro Yoshiura s’essayait à la fable sociale pleine de tendresse et doublée d’une réflexion particulièrement fine.

 

Le Japon est très clairement LE pays de la robotique et n’a eu de cesse d’explorer la thématiques sous tout les angles. Que ce soit dans le space opera, le policier ou la rom-com, les robots et autres androïdes sont partout et peuplent notre quotidien. En visionnant Eve no Jikan, on repense au titre Chobits du studio Clamp avec son histoire d’amour impossible. Mais très vite, le film prend une toute autre dimension et ne se cantonne pas uniquement à ça. Le message se déplace et cherche à aller plus loin en ayant la vision la plus large possible.

 

Dans un futur lointain, les androïdes font partie intégrante de nos vies. Bien qu’ils soient physiquement identiques aux humains, ils ont pour signe distinctif une sorte d’auréole holographique au-dessus de leur tête. Même si beaucoup de gens ont recours à leurs services, des voix s’élèvent pour critiquer et blâmer la robotisation outrancière de notre société, à grand renfort de messages publicitaires matraqués partout. Derrière ces voix, on trouve le Comité d’Éthique qui compte bien remettre les machines à leur place. A l’opposé, une autre mouvance prend de l’essor parmi une population qui ne fait plus la distinction entre les hommes et les robots et qui en vient à éprouver des sentiments pour eux. Au milieu de tout ça, Rikuo, un jeune collégien à la fois intrigué et fasciné par son androïde de maison, accompagné de Masaki, un copain de lycée, découvre un étrange café, le Eve no Jikan. L’endroit est surnommé «zone grise» car en ses murs, aucune discrimination n’est acceptée entre les hommes et les machines et de ce fait, les androïdes n’affiche plus le seul signe les distinguant des humains. Sans auréoles, ils sont indécelables et sur le même pied d’égalité que tout le monde.

 

eve-no-jikan-2Le café, sanctuarisé, devient peu à peu un personnage à part entière. Pris sous tout les angles, il est un cocon zen, coupé du monde, mais qui semble également coupé du temps. L’ambiance y est familiale et réconfortante car immuable. Les rares clients qui fréquentent les lieux sont des habitués qui semblent les hanter pour mieux se cacher. Le Eve no Jikan permet aux gens, humains ou non, de s’exprimer plus librement, sans crainte d’être jugés et les personnages se dévoilent au fur et à mesure à travers leur solitude.

 

Avec beaucoup de retenue et de justesse, Yasuhiro Yoshiura nous dépeint le portrait d’une société en pleine mutation sociale, dans laquelle humains et androïdes font finalement face aux mêmes maux. En adoptant les deux points de vue des machines et des hommes, le réalisateur parvient à avoir une vision d’ensemble. Ce souci du détail est d’ailleurs souligné à de nombreuses reprises à travers les vues subjectives robotisées ou non. Mention spéciale pour le clin d’œil à Terminator et la scène qui s’en suit, à la fois drôle et touchante. Sans jamais tomber dans la guimauve ou le pathos, Eve no Jikan trouve son équilibre pour mieux s’élever. En jouant avec les lois formulées par Asimov, Yoshiura accouche d’un film singulier, intelligent, drôle, bref une vraie bonne surprise!

 

 

Eve no Jikan de Yasuhiro Yoshiura (2010) – Studio Rikka

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