Re-Anime: Patema et le Monde Inversé (de Yasuhiro Yoshiura)

Re-Anime: Patema et le Monde Inversé (de Yasuhiro Yoshiura)

Note de l'auteur

Patéma-et-le-monde-inversé-afficheVertigineux! Voilà le mot qui qualifie le mieux le film de Yasuhiro Yoshiura. Avec son histoire d’amour à gravité inversée, il nous convie à un voyage sensoriel et bouscule complètement le principe même de spatialisation. Ici, plus de haut, plus de bas, ne reste que l’infini poésie d’une histoire à bien des niveaux, renversante.

 

Après le superbe Eve no Jikan et son bar à androïdes (Re-Anime ici), Yasuhiro Yoshiura revient avec Patema et le Monde Inversé, une fable SF au postulat délirant. Suite à une énorme catastrophe écologique, la gravité s’est trouvée inversée pour un grand nombre d’humains, obligés de se réfugier sous terre et de vivre comme des troglodytes. A la surface, la population restante vit dans un monde orwellien où absolument tout est contrôlé et où même ne ce serait-ce que regarder le ciel, est considéré comme une faute. Au milieu de tout ça, Patema, une jeune fille qui vit sous terre et Age, un jeune ado de la surface se rencontrent et tentent de vivre un amour impossible, défiant les lois de la physique.

 

La vraie réussite du film réside dans la mise en œuvre de cette double-gravité. En perdant peu à peu ses repères, le spectateur ne sait plus s’il tombe ou s’il vole. La puissance sensorielle de ce film est juste hallucinante et offre des images et des plans tout bonnement renversants. La romance un peu banale prend alors une dimension très différente et offre de sublimes métaphores. Ne pouvant se tenir que par la taille, têtes-bêches pour rester liés, les amoureux tentent de trouver un équilibre précaire. En s’offrant l’un à l’autre, Patema et Age doivent faire abstraction de leur peur du vide et Yoshiura nous balance alors une sublime allégorie du vertige amoureux. Une fois passée la peur de tomber, ils peuvent alors compter l’un sur l’autre et s’élever. Avec poésie et élégance, Patema et le Monde Inversé multiplie les concepts forts, sublimés par une mise en images de toute beauté.

 

Le postulat de départ permet de nombreuses possibilités plastiques et ça le réalisateur l’a bien compris. Le changement constant de point de vue nous permet d’appréhender les angoisses qui acculent les personnages. L’envers et l’endroit n’ont ici plus de sens et ce monde-miroir devient dès lors une mine inépuisable de situations improbables et paradoxales. Le film ne manque d’aucune audace visuelle et déploie une maestria poétique sans jamais tomber dans la mièvrerie. Derrière ses atours de fable SF et écolo, Patema et le Monde Inversé est avant-tout une merveilleuse histoire d’amour que tout empêche et putain, c’est beau. On se laisse complètement transporter dans cet univers vertigineux avec ses décors somptueux et son animation de qualité.

 

Avec ce nouveau film, Yasuhiro Yoshiura confirme sa place aux côtés de Mamoru Osada et Keiichi Hara, cette nouvelle génération de réalisateurs nippons qui n’a pas fini de nous surprendre. La japanimation n’a pas de souci à se faire, la succession de Miyazaki et Takahata est assurée!

 

 

 

Patema et le Monde Inversé de Yasuhiro Yoshiura (2014) – Studio Rikka

 

La review du Dr No, c’est par ici!

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