Soap, un mook qui souhaite raconter des histoires

Soap, un mook qui souhaite raconter des histoires

Soap est la nouvelle aventure de Sébastien Mirc (co’fondateur des éditions Pix’n Love) et Pierre Langlais (Journaliste Séries à Télérama et sur le blog Sérierama) . Un mook sur les séries ? Alors que vous pourrez retrouver trois rédacteurs du Daily Mars au sommaire du #1 (Nicolas Robert, Julia Lagrée et Thomas Destouche), nous avons souhaité en savoir un peu plus avec les créateurs¹. « L’envie de Soap [c’est] de revenir au cœur des séries, et les raconter comme elles se racontent, avec leurs héros, leurs surprises, leurs réussites, leurs échecs ». Une belle profession de foi.

SoapDaily Mars : Quelle est la genèse de Soap ? Pourquoi un mook ?

Pierre Langlais : Sébastien m’a contacté je crois au début de l’été 2013, en me proposant de diriger un mook 100% série. De fait, depuis la disparition de Générique(s), l’équipe de ce magazine dont je faisais partie espérait refaire quelque chose, un magazine, un jour — à l’époque, certains d’entre nous étaient toujours collègues sur Le Mag Séries, l’émission Web de Série Club. Nous avions dans nos cartons un projet intitulé « Soap« . La proposition de Sébastien m’a fait penser que ce magazine en attente d’une opportunité d’exister pourrait devenir ce qu’est Soap aujourd’hui.

Les magazines 100% séries ont du mal à s’imposer. Le format « revue », celui du mook, semblait une bonne option alternative. Il permet aussi de faire des choses plus originales, plus étonnantes, pas forcément liées à l’actualité. Et de grande qualité, parce que l’on prend plus de temps.

Sébastien Mirc : Le mook s’apparente, dans sa ligne éditoriale, au magazine – rappelons qu’il s’agit d’une contraction de magazine-book – mais il jouit d’une diffusion équivalente à celle du livre. Comme le dit Pierre, cela occasionne une plus grande liberté tant sur le fond que sur la forme. Il profite ainsi d’une durée de vie plus longue, d’autant que son contenu n’est pas nécessairement lié à l’actualité. Ainsi, lorsque le numéro 2 sera lancé, le lecteur pourra toujours trouver le numéro 1 en librairies. Le concept du mook m’importait fondamentalement parce que l’objectif, derrière, est de constituer une maison d’édition avec ce qu’elle peut offrir sur le plan du livre. En ceci, les lecteurs de Soap auront une idée de ce qu’ils pourront trouver dans nos ouvrages, qui seront une extension approfondie de sujets que nous avons pu aborder dans le mook. Ils auront une appréhension honnête de notre ligne éditoriale. Ensuite, j’ai eu la chance que Pierre m’accorde sa confiance. Lorsque je l’ai rencontré, il y a deux qualités essentielles qui m’ont immédiatement séduit : sa vision exigeante de cette ligne éditoriale et sa volonté de constituer une équipe la plus talentueuse possible, venant d’horizons divers – ce qui offre une grande palette de traitements des sujets abordés. Outre le talent de cette équipe d’auteurs, c’est son dénominateur commun qui devait primer : la passion.

soap3Pierre, quelle est la philosophie qui anime Soap ?

Pierre Langlais : D’abord, Soap veut dépasser le constat du « phénomène séries », ne plus dire que les séries cartonnent. C’est un fait. Maintenant, il faut parler des séries, de leur cœur, de leur âme. De leur écriture, de leur fabrication, de leur vie pendant et après leur diffusion — y compris industriellement. Soap ne veut pas analyser le pourquoi du succès « des séries », comme s’il n’y avait qu’une explication. Elle veut regarder chaque œuvre dans sa complexité et son originalité. Sérieusement. Mais sans trop se prendre au sérieux, parce qu’on est aussi là pour s’amuser.
Mon envie de départ, c’était de raconter des histoires sur et autour des séries. Des récits, par ceux qui regardent les séries (les journalistes, les témoins, les fans, les intellectuels, etc.) et ceux qui les font (scénaristes, réalisateurs, producteurs, acteurs, etc.). Des reportages, des portraits, des « stories », des anecdotes développées, etc. Je voulais éviter la pure analyse, le froid, le technique, pour toujours viser des regards étonnants, originaux, ou des plongées dans « l’intimité » des séries. Tout ça devait être le résultat du travail d’un groupe large de plumes libres et motivées par l’envie de parler de ce qu’elles aiment. C’est un travail participatif — d’ailleurs, il y aura un renouvellement des collaborateurs, en partie, sur le numéro 2.

Donc, mon point de départ, ça a été de constituer un groupe large de journalistes amoureux des séries, et de leur laisser le champ libre. Avec juste une idée directrice : surprenez-moi, racontez-moi des histoires inattendues, amusez-vous, parlez-moi de séries que je ne connais pas mais en m’y intéressant, ou de séries que je connais mais sous un angle nouveau. C’est ce qui fait que ce numéro 1 est un vrai patchwork. J’ai complété avec quelques interviews et des billets que j’ai fait écrire par des auteurs et personnalités que je connaissais suffisamment pour les impliquer dans ce numéro 1. Au final, chaque papier a un ton différent, ça part dans tous les sens, on peut picorer, ouvrir par la fin, lire une chronique rapidement ou se lancer dans un papier de fond. Bien sûr, les sériephiles y trouveront particulièrement leur plaisir, mais ce n’est pas un mook qui se veut « spécialiste », excluant. C’est pour ça que je voulais des histoires. Parce qu’une bonne histoire, c’est comme une bonne série : ça peut raconter la vie de scientifiques spécialistes de la fission nucléaire, mais si les enjeux, les personnages, les émotions, la narration sont riches et bien amenés, ils deviennent universels, et tout le monde peut se sentir concerné.

soap2Sébastien, vous avez co-fondé les éditions Pix’n Love, en publiant un mook et ensuite une série d’ouvrages thématiques, historiques sur le jeu vidéo, la culture vidéoludique, avec une approche qui cherche à concrétiser le Jeu Vidéo comme art, avec son histoire, ses acteurs, ses évolutions. Peut-on s’attendre à une démarche similaire avec Soap Editions ?

Sébastien Mirc : Je suis convaincu que la grande chance des éditions Pix’n Love, qui est sa force aujourd’hui, est d’avoir proposé une forme de lecture qui n’existait quasiment pas dans le domaine du Jeu Vidéo : celle du livre. Vous aviez certes ici et là quelques ouvrages généralistes, mais aucun éditeur n’avait eu la volonté d’aller au-delà.

Dans le domaine des Séries TV, vous avez, depuis longtemps, une offre de livres plutôt vaste. Constituer une maison d’édition 100% dédiée à la culture sérielle n’est donc pas une idée neuve, a contrario de ce qu’a proposé Pix’n Love. Il est très intéressant d’observer l’évolution culturelle de ces deux médias culturels. Pardonnez-moi ce rapprochement trivial, mais le jeu vidéo est constamment tiraillé entre le Ministère de l’Economie (qui inclut le Numérique) et celui de la Culture. Le Jeu Vidéo est-il un art ? Ou simplement un secteur industriel ? Ou les deux ? Dernièrement, on a pu voir l’engagement de la Secrétaire d’Etat chargée du Numérique Axelle Lemaire pour le Jeu Vidéo. Mais nous avons également vécu celui de Frédéric Mitterrand lorsqu’il était chargé de la Culture il y a quelques années. Avec Pix’n Love, le choix a été de proposer une vision du Jeu Vidéo qui l’instaure comme bien culturel, artistique.

Je ne crois pas que le débat ait lieu avec les Séries TV : aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que c’est un bien artistique et culturel. Donc ma vision avec Soap Editions ne saurait être exactement la même. Arriver demain à proposer l’Histoire de HBO, comme nous avons pu proposer l’Histoire de Nintendo, est totalement impossible : déjà parce que plusieurs ouvrages se sont penchés sur le sujet, ensuite parce que les histoires que nous avons pu conter se sont souvent articulées autour de l’idée de la passion et de la collection. Il y a des collectionneurs de Nintendo, de SEGA, de Sony, etc. Y a-t-il des collectionneurs d’ABC ? de HBO ? de Canal Plus ? Je ne pense pas. Notre souhait sera donc de proposer des livres qui offrent aux passionnés de Séries TV une approche résolument « insider ». Plutôt que de publier une biographie de James Gandolfini ou de Kiefer Sutherland, offrons aux lecteurs une biographie de Steven Moffat ou de David Simon ! Penchons-nous davantage sur ce qui se trame derrière la caméra et laissons à d’autres, qui le font extrêmement bien, traiter ce qui se passe devant.

Site Internet pour commandes : www.soap-editions.com

1 : Actualisation de l’article effectuée le 15/12/2014 à 18:00

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